Nous intervenons dans un second centre
- 12 mai 2016
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Nous avons finalement peu dormi, les gérants soûls ayant fait leur cirque toute la nuit. Ce matin, les effets de l'alcool sont dissipés, et nous sommes surpris par la nouvelle compagne du gérant qui crie dans la demeure et ouvre toutes les portes des chambres. Le verrou de la nôtre étant cassé, nous sommes heureux d'avoir pris le temps d'en improviser un autre avec une tige de fer trouvée dans la rue. Il s'avère que le gérant se cache, nous l'apercevons dans une des chambres, alors qu'elle le cherche et lui hurle toutes sortes de choses dessus.
Nous nous faisons tous petits pour sortir, et arrivons un peu plus tôt ce matin au centre. Nous reprenons les traductions des jeux, comme d'accoutumée, puis préparons avec David la réunion de samedi. Il s'agit d'une formation pédagogique, où les éducateurs doivent découvrir de nouvelles activités ou d'autres façons de faire. David et Lucia nous ont proposé de l'animer, nous devons donc réfléchir à organiser les 2h30 à notre disposition : un atelier mandala mené par Charlène, en parallèle d'une démonstration du jeu que nous avons créé animée par Manu, ainsi que des chansons et dynamiques adaptées en espagnol et pour finir un loup-garou. Ce jeu extraordinaire est encore inconnu pour eux, il faut vite remédier à ce manque crucial !
Nous demandons ensuite à Marisol, responsable des ventes des jeux, leur catalogue afin de commencer à lister ce que nous allons acheter pour notre retour en France. Le choix va être difficile ! Nous expérimentons tous ensemble de nouveaux jeux, puis arrive l'heure de midi.
Alors que les autres rentrent chacun de leur côté, nous investissons la cuisine et découvrons le matériel à disposition, laissé par le père qui depuis trois mois vit dans un centre troisième âge de l'autre côté de la ville. Nous cuisinons et dégustons des courgettes et oignons, un véritable plaisir pour nos papilles !
Il est 13h45, David et Lucia reviennent et annoncent notre départ pour le centre Concepcion, le plus éloigné de tous, à la limite de la ville. Les routes sont délabrées, en terre battue ou en pavés, des tractopelles sont à l’œuvre un peu partout. Certaines rues sont mêmes condamnées, un tas de pavés en prévision étant disposé à l'entrée. Le quartier comprend énormément d'inscriptions à la bombe sur les murs : « Les voleurs attrapés seront brûlés vivants, les voitures suspectes seront brûlées... ». Nous retrouvons les traces de justice populaire dont nous avaient parlé David et Lucia, tant la corruption est présente ici. Une autre des caractéristiques de El Alto, ce sont tous les bonhommes, créés avec des combinaisons remplies de bourre, pendus aux poteaux électriques pour prévenir les voleurs de ce qui va leur arriver.
Nous arrivons au centre, dans un quartier beaucoup plus désertique et d'apparence plus pauvre. Les problématiques sont différentes ici, car les familles de ce quartier viennent de la campagne et ne mènent pas la même vie. Un éducateur manque à l'appel cet après-midi, cela tombe bien nous ici pour aider !
Nous commençons par rassembler tous les enfants du centre pour répéter les chansons et danses préparées pour la fête de Corpus Christi du 26 mai. Nous reformons ensuite les groupes, et rejoignons Jordi et les niveaux 2 et 3, les plus grands. Les bambis et les niveaux 1 partent quant à eux avec leur éducatrice respective.
Lorsque vient l'heure de la dynamique à l'extérieur, nous observons alors avec surprise deux fillettes qui ont apporté un « actapi », soit un repas partagé. Il n'est que 16h, mais les voilà étalant sur un torchon posé par terre une quantité de patates, riz, carottes, chunos... accompagné de soda. C'est impressionnant tout ce qu'ils peuvent engloutir ! De quoi rendre pâles les collations donnés aux élèves en France.
Le « goûter » terminé, nous faisons la dynamique prévue puis rentrons pour l'aide aux devoirs. Le contact passe très bien avec les enfants, ils sont extrêmement curieux de tout. L'après-midi s'achève, et ces derniers, très tactiles, viennent nous enlacer pour nous dire au revoir.
Un des employés de l'atelier vient nous récupérer, et nous rentrons tranquillement au logement. Le chemin du retour n'est pas le même que celui pris à l'aller, nous avons bien l'impression qu'ici le manque de points de repères (aucun panneau de rue, toutes les maisons en briques...) fait que chaque trajet est une nouvelle improvisation.
Nous mangeons à la pizzeria, et un garçon entre alors, bien emmitouflé, nous proposer des jus en sachets. Par principe, nous disons non : c'est un enfant qui travaille, et nous ne pouvons pas encourager cela. Nous n'avons vraisemblablement pas le même point de vue que les habitants qui au contraire l'encouragent presque, mais nous venons de deux cultures diamétralement différentes donc nous ne pouvons pas comprendre.




















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