Nidelbarmi : apprendre à grandir en jouant
- 3 mai 2016
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Nous devons nous faire une raison, il faudra s'habituer aux klaxons si nous voulons dormir, car ils seront là matin et soir. Il est 10h, nous partons pour les locaux de Nidelbarmi. Marcher dans les rues à cette altitude est assez perturbant : dès que nous sommes au soleil, ses rayons sont tellement puissants que nous voudrions être en tee-shirt, et la seconde suivante, lorsque nous passons à l'ombre, nous frissonnons malgré nos grosses vestes doublées en polaire !
Le portail de Nidelbarmi est ouvert, et une personne de la paroisse voisine nous indique à quelle porte nous rendre. Nous entrons, et découvrons un atelier dans lequel un homme est en train de travailler, découpant des jetons numérotés dans du bois. Cela doit être l'atelier de confection des jeux. Nous le saluons et ce dernier nous indique de monter à l'étage.
Nous rencontrons alors David, responsable de Nidelbarmi, qui a été prévenu par le père Jean Claesen (notre contact) de notre arrivée. Ouf ! Nous nous installons autour d'une table, très vite rejoints par Lucia, conjointe de David et co-responsable de Nidelbarmi.
Ils nous présentent l'association NIDELBARMI (« NInos ninas y adolescentes DE Los BARrios MIneros » soit Garçons filles et adolescents des quartiers miniers). Créée par le père Jean Claesen, un prêtre belge en mission pendant de nombreuses années en Bolivie, elle a pour but de répondre aux problématiques des écoles boliviennes : école seulement le matin ou l'après-midi et classes surchargées, dévalorisation des élèves en cas d'échec, programmes inadaptés à l'âge des enfants.
Une des problématiques du pays est également qu'une partie des mamans ne parlent pas l'espagnol mais seulement des langages indigènes (le quechua, le guarani...) et ne peuvent ainsi pas aider leurs enfants dans leur scolarité.
Nidelbarmi propose donc une prise en charge des élèves en demi-journée (matin ou après-midi selon les écoles de chacun) afin d'offrir un apprentissage sous forme de jeux. Les enfants viennent pour jouer, sans se rendre compte qu'ils apprennent également. L'association a ainsi créé petit à petit des jeux en s'inspirant d'autres existants, en les adaptant avec des mathématiques ou des lettres.
Il existe actuellement 9 centres Nidelbarmi en Bolivie, cinq à Potosi où tout à commencé, et quatre à El Alto, ce qui représente 15 et 22 animateurs employés, tous étudiants complétant leurs semaines avec des demi-journées d'encadrement dans les centres. Quatre niveaux ont été créé pour travailler en fonction des âges des enfants, qui ont de 3 à 12 ans.
Le père Jean Claesen, qui a bientôt 88 ans, est toujours à 200% dans l'association mais le futur de Nidelbarmi reste encore incertain puisque les financements viennent intégralement d'une fondation belge, connaissance du père, et que ce dernier n'est pas éternel.
Tout ce système et ses problématiques, la volonté des responsables d'avancer, nous font penser aux Maisons Familiales Rurales que nous présentons également à David et Lucia. Notre échange terminé, nous partons à pieds en direction de San Juan, le centre le plus proche des bureaux. En effet, ici sont les ateliers de confection, les bureaux et les salles de réunion où se rassemblent les animateurs tous les samedi après-midi.
Nous discutons facilement, le contact passe bien. Une chose nous surprend alors : à de nombreux coins de rue des épouvantails ressemblant beaucoup à des humains ont été pendus, à côté d'écriteaux mettant en garde les voleurs. Nous apprenons qu'ici la corruption est tellement présente que les voleurs ne risquent rien et que s'est installée une justice populaire. Des écritures sur des murs indiquent même que les voleurs seront brûlés vivants.
Nous arrivons au centre San Juan, et pénétrons dans les différentes salles du bâtiment. Les enfants travaillent par petits groupes, de 5 à 15, et les activités programmées sont les plus variées possible pour que les enfants ne s'ennuient pas et restent concentrés. Le travail des encadrants, appelés ici « éducateurs », ressemble trait pour trait à celui des animateurs de centre aéré en France, à la différence près que les jeux font travailler des notions d'espagnol ou de mathématiques.
Nous rentrons ensuite aux bureaux de l'association, visitons les ateliers de confection en bois et la salle où sont créées toutes les cartes de jeux ensuite plastifiées. Les employés font un excellent travail, les jeux sont très propres. Une partie des jeux fabriqués sont destinés à la vente, même si cette dernière n'est pas encore très développée. Nous testons un jeu du solitaire avec différents défis à réaliser, le concept est très intéressant.
Nous leur indiquons l'adresse de notre logement, au cas où ils auraient besoin de nous chercher un jour, puis partons manger. Nous avons rendez-vous aux locaux à 14h30 pour aller visiter les autres centres cet après-midi.
David distribue en même temps à chaque animateur un texte sur « la pire des mamans », une maman qui veut sans cesse savoir où est son enfant et lui fixe un certains nombre de règles. Nous apprenons qu'ils ont un gros problème de désinvestissement des parents, avec des enfants qui sont laissés toute la journée dans la rue ou devant la télévision. Ce désinvestissement des parents nous rappelle étrangement notre propre travail...
Après le centre de San Juan, nous nous rendons ensuite à Mercurio, Remedio puis Concepcion. Ces trois derniers sont situés à côté d'une chapelle car ils ont été achetés au nom de l'Eglise, ils n'appartiennent donc pas à Nidelbarmi.
Nous sommes emballés par les visites, nous reconnaissons certains jeux adaptés pour faire des maths ou de l'espagnol. D'autres jeux ont été conçus pour que les enfants se rendent compte seuls de leurs erreurs et puissent se corriger eux-mêmes. Et enfin, les classiques comme le Monopoly sont aussi utilisés, travaillant les échanges monétaires.
Sur la route du retour, alors que nous revenons du centre Concepcion situé dans le quartier le plus éloigné de El Alto, dont les rues ne sont que des chemins de terre peu praticables sans 4x4, nous longeons la route qui surplombe la Paz. La vue est, une fois de plus, magnifique.
Nous rentrons à l'hostal, après avoir fixé un rendez-vous à 14h30 jeudi pour rencontrer le fameux père Jean Claesen avec qui nous avons communiqué par mail. De retour à notre chambre, nous en profitons pour établir une liste des choses que nous pouvons leur proposer en fonction de ce que nous avons vu :
partager des activités manuelles (mandalas en laine, pâte à sel...)
partager les expériences que Manu fait avec ses élèves
les aider à créer un site internet
créer un projet sur un site de financement
faire paraître des articles dans des journaux français (Le Progrès et Le Pays) pour faire connaître l'association Nidelbarmi
établir un partenariat avec l'école primaire de Chambost-Allières qui nous suit pour que les élèves envoient un colis selon les besoins (matériel, jeux...)
partager des jeux (étant de grands fans de jeux de société) et en créer de nouveaux
essayer d'intégrer à leur méthode la dynamique de projet (jardin pour aménager le terrain...)
dans la mesure du possible, avec le peu de moyens à leur disposition, créer des petits ateliers cuisine
Nous verrons également ce qu'eux souhaitent nous demander. Nous allons manger un sandwich dans la rue, puis rentrons nous coucher. Nous avons peu faim et sommes bien fatigués, sûrement les contre-coups de l'altitude.




















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