Une retraite de quelques jours à Iruya, au milieu des montagnes
- 16 avr. 2016
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Le boum boum de la soirée qui s'est passée juste derrière notre fenêtre a duré jusqu'à 3h57, nous avons donc passé une petite nuit. Un des employés de l'hostal nous apprend que cela ne se passe qu'un soir par mois, et bien sûr c'est tombé sur nous ! Nous prenons un petit-déjeuner rapide, car nous partons avant l'horaire officiel, et rejoignons la gare routière.
A 8h10 notre bus arrive, plus semblable aux cars scolaires qu'on a chez nous. Le pare-brise est bien fissuré, mais cela ne semble pas être problématique. C'est un bus local, qui s'arrête aussi bien dans tous les petits villages traversés qu'à des arrêts au bord de la route où nulle habitation n'est visible. Certains doivent encore marcher deux heures après être descendus pour rejoindre leur maison.
Nous faisons une brève halte à Humahuaca, village très touristique où nous pensions nous arrêter au retour. Finalement, le bourg est en pleines constructions, cela nous intéresse donc moins. Sur toutes les cheminées d'un quartier, la tête du Che Guevarra a été peinte en gros, de la même manière. C'est un peu étrange, mais cela explique peut-être les répressions sanglantes qui ont eu lieu dans la région dans les années 70, exposées au musée de Tilcara.
Après quasi deux heures de route, nous quittons le bitume pour nous engager sur une piste sablonneuse. Iruya est un tout petit village perdu dans les montagnes, très isolé des routes d'accès principales. C'est d'ailleurs pour cela que nous avons choisi de nous y rendre. Une pancarte indique « Iruya 4km », bizarre... Nous comprendrons plus tard qu'il s'agissait de « Iruya 54 km », et que le 5 avait tout simplement disparu. Cela change tout, car 54 km sur une petite piste de montagne toute en lacets, qui ne croise pas, c'est assez long à parcourir !
Nous grimpons toujours plus, laissant passer les pick up qui nous suivent aux rares endroits plus larges. Nous ne croisons pas un seul bus, c'est tout calculé car les arrivées au village se font le matin et les départs l'après-midi. Heureusement ! Nous traversons quelques gués, cela paraît fou d'emprunter cette route en bus. La poussière pénètre à travers l'habitacle et envahi l'espace, nous avons hâte d'arriver. Nous traversons quelques minuscules villages, passons près de maisons isolées, avec leur panneau solaire sur le toit et leur quelques lamas dans un enclos.
Le col qui marque la fin de la montée indique 4000m, et un de plus ! Maintenant, il faut redescendre jusqu'au village, qui est lui à 2800m. Nous voyons au loin tous les lacets qui, tel un serpent géant, parcourent la montagne avant de disparaître. Le chauffeur connaît bien son parcours, mais le bus passe parfois si prêt du précipice qu'on en retient inconsciemment notre souffle.
Nous arrivons enfin à Iruya, un petit village niché contre une montagne, construit en suivant le relief naturel de la région. Comment des gens ont-ils un jour pu décider de s'installer ici ? Qu'est-ce qui a pu les attirer dans un endroit aussi reculé où tout est désertique, et quasi rien exploitable ? Quelques maisons possèdent un carré de jardin où pousse du maïs ou de la luzerne, pour nourrir leurs quelques animaux.
Alors que Charlène descend du bus, elle découvre un petit bout de chou de 5 ou 6 ans qui l'accueille avec une petite voix : « Hospedaje » (qui signifie hébergement chez l'habitant). Trop chou, il sait même répondre à la question « combien coûte une nuit ». Le prix est dérisoire, et nous sommes déjà sous le charme. Nous découvrons son papa, juste à côté, très gentil lui aussi, qui nous remet aux bons soins de son fils pour nous mener à sa maison.
Elle se situe dans la partie du village construite de l'autre côté du fleuve à sec (il ne pleut jamais ici), car la montagne contraint les constructions à s'éloigner de plus en plus du centre. Nous traversons donc le pont métallique, le stade de foot du village et arrivons à la maison de la famille, encore en moellons car plutôt récente d'aspect.
Le petit garçon, qui s'appelle Santy et qui a cinq ans et demi, nous accompagne au dortoir à l'étage et amène le registre où nous devons nous enregistrer avec nos numéros de passeports. Un vrai professionnel ! La chambre comprend sept lits, mais aucun superposé. L'ensemble est donc agréable et spacieux, avec deux fenêtres donnant sur le centre du village de l'autre côté du pont.
Les familles ici sont assez pauvres, et beaucoup ont aménagées leurs maisons pour accueillir le tourisme qui se développe petit à petit (même si le lieu sera toujours préservé grâce à son isolement qui freine bon nombre de touristes). Et dans cette petite maison, nous sommes surpris de constater que deux pièces sont réservés aux dortoirs, une pour un espace commun où on peut cuisiner si on a les ustensiles avec nous, une est la salle de bain (avec un système simple et efficace pour avoir de l'eau chaude), et enfin une grande terrasse occupe le toit de l'habitation. Finalement, il ne reste à la famille qui compte trois enfants qu'une petite cuisine et une chambre.
Nous posons nos sacs et nous rendons à l'unique distributeur du village. Nous croisons les doigts... mais il est vide ! Nous sommes dimanches, nous espérons qu'il sera rempli demain (même s'il n'y a rien de moins sûr) car sinon nous avons tout juste pour reprendre des billets de bus pour demain, ce qui serait bien dommage... Ce petit village nous a déjà conquis !
Nous trouvons par bouche à oreille une boutique dont la gérante peut éventuellement faire du change. Comme nous allons retourner au Chili, il nous reste des pesos chiliens et nous ne sommes pas très loin de la frontière. Nous nous y rendons, et en effet elle accepte de nous en changer ! Cela ne nous permettra pas de rester plusieurs jours, mais au moins de faire la transition en attendant que le distributeur soit de nouveau rempli.
Nous allons manger sur le pouce (en attendant de pouvoir retirer nous allons être particulièrement économes) et sommes rejoints à notre table par une française ici pour deux heures. Nous trouvons que cela fait beaucoup de route aller-retour pour si peu, nous sommes contents d'y rester dormir.
Nous retournons à l'hospedaje, et faisons la connaissance de Gaëlle et Daniele, française et brésilienne, qui se sont rencontrées il y a peu pendant leur voyage au long cours. Elles sont bien délurées, très sympas, dégagent une belle énergie, bref le contact passe bien !
Nous restons sur place quelques heures, le temps de trier les magnifiques clichés pris lors des deux excursions précédentes. Puis nous nous rendons au stade de foot du village où deux équipes locales s'affrontent. Le match n'aura pas le temps de se terminer car juste devant nos yeux, suite à une mauvaise chute, un des joueurs se fracture l'avant-bras. Direction l'hôpital du village, puis ce sera un départ en ambulance, les radios n'étant probablement pas réalisables ici.
Nous retournons dans notre famille d'accueil où nous avons commandé des empanadas cuisinés par la sœur du père de famille, possédant un hostal non loin de là. Ils s'agit d'une spécialité du Sud du continent, sorte de feuilletés garnis à la viande ou au queso, mais avec une pâte qui n'est pas une pâte feuilleté. Ici, c'est une pâte frite, très légère, vraiment trop bon !
Nous discutons avec les filles, qui s'inquiètent de ne pas voir revenir un couple d'Allemands d'une cinquantaine d'années partis sans guides pour la journée. La nuit commence à tomber, et nous les verrons rentrer finalement à 21h, fatigués et sans lampe. Ah, ces Allemands, qui croient toujours que tout est possible !




















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