Les condors n'aiment pas la pluie, nous non plus !
- 8 avr. 2016
- 6 min de lecture

Nous prenons notre petit-déjeuner à l'hostal, qui s'avère ne pas être terrible. Heureusement, il y a des corn-flakes et du lait ! Nous parcourons ensuite les deux kilomètres qui nous séparent du terminal des bus, le temps est comme prévu gris et maussade, et allons directement au point informations.
L'hôtesse nous déconseille d'aller au parc aujourd'hui à cause de la météo, mais comme cela ne va pas aller en s'arrangeant nous souhaitons tout de même nous y rendre. Elle nous indique alors le nom d'une compagnie de bus et l'arrêt « la pampilla » à demander au chauffeur.
Nous nous rendons à l'agence de bus, le prochain départ est à 10h30, soit dans plus d'une heure ! Pas le choix, nous prenons notre mal en patience et en profitons pour acheter nos billets pour Salta, notre prochaine destination, pour dans trois jours. Ce sera un bus de nuit de 21h à 9h, et nous avons en plus la chance de tomber sur une promotion !
Nous allons ensuite acheter de quoi constituer un pique-nique au supermarché, puis rejoignons l'autre terminal par le passage souterrain où un jeune violoniste joue le même morceau en boucle depuis une heure. Le temps de faire le tour de quelques boutiques, et nous embarquons. Il est 10h30, nous partons pour le Parc national Quebrada (=gorge, canyon) del condorito. Dans notre poche, nous avons les horaires pour les bus du retour. Ça peut servir !
La route est longue et le temps gris, froid et pluvieux. Nous faisons quelques arrêts en ville dans des terminaux et d'autres au milieu de nulle part. Les collines que nous traversons sont très vertes, avec de nombreux murets en pierre et rochers de partout. Cela fait penser aux paysages d'Irlande ou d’Écosse.
Il est 12h15, « la pampilla » est annoncée à 7km. Et c'est à ce moment à que le chauffeur annonce une pause, car il est à la moitié de son trajet et que son repas l'attend. Nous patientons encore et arrivons finalement à destination à 12h50. Le chauffeur nous dépose au bord de la route, au sommet d'une grande colline, et nous indique le début d'un chemin visible de l'autre côté de la route. On y va, on verra bien.
Une pancarte indique bien l'entrée du parc, et le poste des gardes nationaux où il faut s'enregistrer à deux kilomètres de là. Les paysages sont beaux, d'énormes rochers couverts de lichens tantôt verts, tantôt orangers, sont disposés aléatoirement dans de vastes collines d'herbe. Malheureusement le brouillard limite bien la vue, même s'il créé un peu de mystère dans ce lieu.
De chaque côté du chemin se trouvent des enclos aux barrières parfois originales, qui ne suivent pas le relief mais relient par exemple deux sommets ensemble. Dessous, une autre barrière permet de boucher le trou pour que les vaches et chevaux ne se fassent pas la malle. A nos pieds, des milliers de fourmis suivent un même itinéraire en transportant feuilles et brindilles pour agrandir l'énorme fourmilière d'1,50 mètre de diamètre.
Cet endroit est serein et apaisant, les oiseaux se montrent curieux à notre approche . Certains d'entre eux ont le torse rouge mais sont beaucoup plus gros que les rouge-gorges : il s'agit des « loïca ». De temps en temps, c'est un cochon d'inde sauvage qui traverse le chemin à une rapidité effarante.
Nous arrivons au bureau des gardes du parc, l'un d'eux nous annonce qu'il est déjà tard (13h15) et que nous ne pouvons pas aller partout. La falaise où nichent les condors est notamment trop loin pour avoir le temps de faire l'aller-retour dans l'après-midi. Ce n'est pas grave, il n'y a tellement pas de visibilité que dans tous les cas nous n'aurions pas vu grand chose.
Nous partons tout de même en direction du balcon Nord, très fréquenté par les condors. Il y a 12 kilomètres aller-retour à parcourir, nous mettons nos k-ways car la pluie fine commence à imbiber nos vêtements. Les paysages doivent être sublimes sous un grand soleil car sous la pluie ils sont tout de même très agréables. Parfois, de grandes herbes comme dans la pampa envahissent les lieux.
Nous passons devant une aire de camping, où l'herbe a été rasée. Cela doit être merveilleux de pouvoir dormir ici mais pas avec ce temps là ! Nous poursuivons notre chemin, des panneaux numérotés permettant de nous rendre compte de notre progression. Un peu plus loin, c'est un panneau différent que nous voyons : il est explique la réaction à adopter si nous nous trouvons face à un puma : ne pas courir, protéger les plus jeunes et les plus fragiles, ne pas tourner le dos, se faire grand, jeter une pierre... Et oui, ici les pumas vivent en liberté ! Les autres recommandations concernent les vipères yarara, très présentes dans le parc, dont il faut se méfier des morsures (en ne sortant pas des sentiers balisés par exemple).
C'est dommage qu'il n'y ait pas d'autres panneaux sur des animaux plus sympathiques ou encore sur des animaux endémiques (présents nulle part ailleurs sur le globe) comme le lagarto de achala ou encore le zorro colorado.
Nous arrivons au balcon Nord, un garde en k-way enregistre les passages pour être sûr que tout le monde rentre à bon port. Nous ne voyons pas à vingt mètres, et croisons un Argentin qui remonte en assurant n'avoir rien vu depuis le mirador. Nous descendons tout de même jusqu'à une terrasse, mais la descente sur les rochers est de plus en plus glissante.
Finalement, c'est à contre-cœur que nous décidons de prendre le chemin du retour, et commençons à remonter lorsque surgit... un condor ! C'est le roi des hauteurs, comme ils l'appellent ici, et ses ailes ouvertes peuvent avoir une envergure de 3m. Son vol est majestueux, à seulement trente mètres de nous, mais déjà il retourne près de la falaise disparaître dans le brouillard.
Il est 15h, nous rattrapons l'Argentin qui avance tranquillement sous sa cape de pluie, une pierre à la main pour faire fuir les pumas. Nous discutons tout le long de chemin voyage, pays, musique, football, politique... Alors que nous passons de nouveau devant l'aire de camping, nous repérons une tente qui s'avère être la sienne pour les trois jours qui suivent. C'est vraiment la loose avec un temps pareil...
Nous arrivons au poste des gardes nationaux et y rentrons pour nous sécher et nous mettre au chaud. Une des gardes nous offre aussitôt un thé pour nous réchauffer, c'est très gentil de sa part. Nous en profitons pour faire le tour du petit musée sur l'eau et son importance dans la région, pour observer les panneaux indicatifs sur les espèces endémiques du parc ainsi que la maquette du quebrada del condorito. Nous avons du temps devant nous, notre bus ne passe qu'à 18h30.
Les minutes passent par dizaines, et à peines secs nous devons retourner dans le déluge. Il est 17h30, il nous reste deux kilomètres de piste à parcourir pour rejoindre la route où nous arrêterons le bus. Sur le chemin, les fourmis ont abandonné leur mission à cause de la pluie mais grâce aux nombreux morceaux de feuilles laissés en plan il est facile de retrouver leur itinéraire.
Une voiture arrive alors à notre hauteur, il s'agit d'une des gardes qui va fermer le portail au niveau de la route principale. Elle nous propose de nous y emmener, nous acceptons volontiers. La nuit commence à tomber, il fait de plus en plus froid, et aucun bus n'est en vue. Enfin... il y en a bien qui passent mais ils ne sont pas de la bonne compagnie et ne peuvent pas s'arrêter. Comme dirait Gad Elmaley, « ils passent mais ils s'y arrêtent pas ! ».
18h30, le bus n'est toujours pas là. C'est finalement 20 minutes plus tard que nous l'interceptons au milieu du brouillard et de la nuit. C'est le même chauffeur que ce matin, un aller-retour comme celui là lui demande plus de 8h de conduite sans compter les retards éventuels. Nous faisons la même pause qu'à l'aller, à une auberge, pour que le chauffeur mange et se repose. A 21h21, nous arrivons enfin à Cordoba.
Les passagers descendent au compte-goutte dans les rues que nous empruntons, nous les regardons avec envie alors que nous avons deux kilomètres à parcourir pour rejoindre notre hostal. C'est alors que Manu reconnaît une rue prise hier soir, et dix secondes après nous sommes dehors... à 150m de notre hébergement. Trop bien !




















Commentaires