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Direction l'océan pacifique sur les rails du Buscarril

  • 24 mars 2016
  • 9 min de lecture

Bip ! Bip ! Bip !

6h15, il est l'heure de se lever.

Nous descendons sans bruit au rez-de-chaussée, car tout le monde est encore endormi, et entrons dans une des salles du restaurant. Comme promis, le petit-déjeuner est prêt. C'est donc un café accompagné d'un sandwich au fromage qui nous attend. Mais pas n'importe quel fromage ! Du queso, une des spécialités du Chili. Le pain est par contre un peu sec, nous l'accompagnons de moutarde et de ketchup.

La porte d'entrée est fermée, heureusement que nous avions prévenu notre hôte de notre départ matinal. Il nous a expliqué hier comment l'ouvrir, cela nous évite d'avoir à le réveiller ! Nous marchons jusqu'à la gare, il n'y a personne dans la rue. Nous attendons l'ouverture du guichet à 7h, devant nous quelques personnes patientent déjà.

Une fois nos billets en poche, nous attendons maintenant devant le portail fermé qui mène au quai, devant lequel est posté un agent de sécurité. Nous nous mêlons aux autres passagers et discutons un peu, autant de notre pays que du tremblement de terre de 2010 qui a fait beaucoup de dégâts dans la région. Même si parmi eux un homme parle très vite et est difficile à comprendre, c'est quand même agréable de ne pas avoir la frustration de la barrière de la langue.

A 7h20, le portail ouvre. Nous passons devant un énorme bâtiment en ruines, qui correspond aux restes de la gare après le séisme. Un projet de reconstruction est en cours. Un peu plus loin, nous arrivons au train Buscarril et sommes surpris : il ne comprend que la locomotive et un petit wagon. Etant donné qu'il n'y a qu'un départ le matin, il n'y a donc pas beaucoup de passagers qui empruntent cette ligne ! Le train est vert et jaune, et même s'il est bien entretenu c'est toujours le même modèle que celui qui partait il y a des dizaines d'années. La ligne a elle plus de cent ans ! C'est un train diesel, un des premiers qui a remplacé les trains à charbon.

Alors que nous allons nous asseoir, un des membres du groupes avec qui nous avons discuté vient nous chercher : ils nous ont gardé devant eux les meilleures places du wagon, situées juste derrière le conducteur et la vitre qui nous sépare de lui. Nous voyons donc la cabine et les rails devant nous, trop la classe !

Il est 7h30, le train se met doucement en marche, à petite allure (3h24 pour parcourir 88km, soit une moyenne de 25 km/h). Si nous étions encore un peu endormis, voilà qui est résolu ! Nous progressons à grands coups de klaxon, à vous faire bondir de votre siège, car il n'y a pas de barrières ni témoins lumineux aux passages à niveaux. Il faut donc prévenir d'une autre manière les véhicules de notre arrivée.

Nous avons droit à des explications sur ce qu'on voit par l'homme qui parle vite car il habite un des villages du parcours. Au départ, nous ne comprenons pas grand chose, mais après ça va de mieux en mieux. Pendant les premiers kilomètres qui nous éloignent de Talca, nous pouvons voir des villas identiques à chez nous, avec des piscines creusées. Bien sûr, ce n'est qu'un début, mais nous ne nous attendions pas à voir cela ici.

Pour le reste du trajet, les maisons ont pratiquement disparues, et ce sont des hectares de vignes qui sont prêts à être vendangé. Nous apprenons que le ramassage se fait au sécateur, pas de machines ici ! Suivent des plantations de maïs fourrager pour le bétail, des plantations de tomates dont une partie est sous serres, des vergers de cerises, des collines arides... Nous longeons le fleuve Maule pendant tout le trajet, les paysages sont variés et magnifiques.

Nous passons sous un petit tunnel et sur une dizaine de ponts, dont un a été conçu par Gustave Eiffel. Mais le plus impressionnant, ce sont les nombreux animaux en tous genres (vaches, chevaux, moutons) qui se baladent dans la campagne et traversent les rails juste devant nous, nous obligeant parfois à freiner pour ne pas les percuter.

Tout du long de la voie, ce sont des villages qui ponctuent le trajet, ou plutôt des petites gares dont un sentier ou un chemin doit mener à un village perdu dans la montagne. Parfois, des toits de maisons sont visibles au loin, parfois c'est une habitation isolée qui a été construite le long des rails. Les bâtiments des gares sont plus ou moins penchés suite au séisme, parfois il ne s'agit que d'une cabane en bois avec des tôles ondulées en guise de toit. Nous prenons des passagers et des marchandises à une gare, en posons à une autre. Au total, ce sont neuf gares que nous découvrons au fil du voyage : Colin, Corinto, Curtiduria, Gonzalez Bastias, Toconey, Pichaman, Forel, Huinganes et Maquehue.

A la station Gonzalez Bastias, nous faisons une pause d'une vingtaine de minutes. C'est un arrêt particulier car c'est l'un des deux seuls endroits de la ligne où les trains peuvent se croiser, étant donné qu'il n'y a qu'une voie le reste du temps. Le train en sens inverse est déjà là, lui aussi composé d'une locomotive et d'un wagon. Il faut dire que les horaires de départ sont bien calculés !

Sur le quai, une dame propose des sacs en papier craft avec des aliments à l'intérieur, mais impossible de voir ce que c'est. Tout le monde en prend, Charlène choisit de les imiter. Il s'agit de trois petits pains chiliens ronds, un peu secs et bourratifs, comme ceux du petit-déjeuner de ce matin. On ne peut pas gagner à tous les coups !

Nous discutons avec un chilien qui parle français, il habite Bordeaux depuis quarante ans. Il nous conseille d'aller à la plage de la Constitucion. Nous reprenons les rails, passant parfois sur une sorte de digue, à un autre moment entre deux parois creusées dans la roche. Quelques voitures sont stationnées à côté de la voie, avec aucun autre accès que les rails, leurs propriétaires doivent donc connaître les horaires pour pouvoir les sortir sans rencontrer de front une locomotive !

Nous approchons de la gare de Constitucion, et passons devant le cercle tournant qui permet de mettre les locomotives dans le sens de la marche. Il est 10h54, nous sommes arrivés à destination. Les voyageurs avec qui nous avons voyagé repartiront ce soir en bus, le trajet ne durant que 1h30, mais nous préférons reprendre le train car nous avons apprécié l'aller et nous espérons avoir une meilleur lumière que ce matin pour prendre des photos.

Nous demandons la direction de la plage, on nous indique qu'elle est environ à 4km. Il existe des Collectivos, transports collectifs chiliens, qui peuvent nous y emmener, mais nous préférons marcher pour découvrir les lieux. Nous prenons donc tranquillement la direction de la plage, et arrivons directement sur un marché local que nous remontons sur toute la rue. Ce marché ressemble vraiment à ceux qu'on trouve en France, encore une fois le dépaysement n'est pas vraiment là. Manu travaille son vocabulaire sur les fruits et légumes, c'est l'endroit idéal pour le faire.

En bas de la rue du marché, c'est le fleuve qui circule tranquillement tandis qu'en haut de la rue la ville continue en épousant la forme d'une colline, cela fait penser à San Francisco. Sur d'autres collines plus loin, ce sont sont de petites maisons en bois colorées, qui font elles plutôt penser aux fabellas, et qui contrastent avec les barres d'immeubles encore un peu plus loin.

Nous avons finit le tour du marché, nous prenons maintenant la direction du centre et passons devant une église puis la place d'armes où a pris place une petite foire artisanale, avec des petits cabanons. On se croirait vraiment dans un de nos marchés de Noël.

Nous regagnons ensuite le fleuve pour le longer jusqu'à la plage, et pouvons observer au loin de gros oiseaux, qui s'avèrent être des pélicans. Par dizaines, ils se sont bien appropriés les lieux. Encore un peu de marche et nous le voyons enfin, l'océan pacifique avec ses rouleaux de grosses vagues qui malmènent les bateaux qui s'y sont engagés. En approchant un peu plus de la côte, nous sommes surpris de découvrir une plage de sable noir magnifique, ornée d'énormes blocs de roche sous lesquels des grottes se sont formées, ainsi que des petits passages qui les traversent d'un bout à l'autre. Sur l'un des monticules rocheux, des petits autels de trente centimètres de côté ont été consacrés à la vierge Marie.

Un sentier dans la roche est plus ou moins visible pour monter au sommet de l'un des blocs, nous nous lançons donc dans l’ascension, accompagnés, aussi surprenant que cela puisse paraître, d'un chien qui nous suit comme si nous étions ses maîtres. Il faut dire que les chiens sont très nombreux ici, dont une partie vit librement où bon lui semble. Cependant, contrairement à ce qu'on avait vu auparavant, ici les personnes se préoccupent beaucoup d'eux, même s'ils errent dans la rue. Ils sont donc bien soignés et généralement très affectueux.

Enfin, nous sommes au sommet ! L'ascension s'est avérée plus simple que prévue. D'ici, nous surplombons tout, avec une vue à 360° : l'océan pacifique, tout en puissance, la plage de sable noir, qui s'étend au loin, une immense usine d'exploitation des fonds marins, des pélicans et oiseaux en tous genres qui rasent la surface de l'eau...

Et, tout au loin, nous apercevons le début de la plage officielle. Nous redescendons donc, et reprenons le sentier qui passe maintenant devant l'usine. Derrière le grillage, plusieurs faucons sont à leur poste, probablement utilisés pour faire fuir les oiseaux, trop nombreux dans les alentours.

Nous arrivons finalement à la plage municipale, beaucoup plus petite que ce que nous pensions. A l'entrée, une énorme ancre a été fixée comme monument. Nous sommes comme des enfants, impatients de tremper nos pieds dans le pacifique ! Mais... grrrrr.... qu'est-ce que l'eau est froide ! Quelques dizaines de mètres devant nous s'élève un énorme bloc rocheux au milieu des eaux, avec un passage en dessous tel que l'arc de triomphe. Il s'agit de la Piedra de la Iglesia, le symbole de cette ville.

Nous profitons un peu des lieux puis allons manger dans un petit boui-boui de plage, la Pisa de Romario. Nous testons le churrascos, qui s'avère être tout type de viande cuite au grill. Difficile de trouver une petite boisson, ici tout est vendu en gros format, jusqu'à 3L. Sandwich, frite et soda, un des repas les plus répandus au Chili.

Nous reprenons la route car l'heure tourne et plusieurs kilomètres nous séparent de la gare. Au centre-ville, nous nous approchons des petits stands artisanaux et de ventes en tous genres et engageons la conversation avec une marchande de livres qui a étudié à Orléans. Nous trouvons un roman en espagnol, ce sera parfait pour s'entraîner !

Arrivés à la gare, il est 15h30, des personnes se sont déjà installés dans les deux wagons pour réserver leur place, alors même que le guichet qui vend les places n'a pas encore ouvert. Nous faisons de même, et 30 minutes avant le départ nous obtenons nos précieux tickets. Le départ de Constitucion est prévu pour 16h30, et l'arrivée à Talca pour 19h54.

Il est 16h10, le conducteur arrive pour préparer sa locomotive. Il tente de mettre le moteur en marche mais apparemment il y a un problème et malgré tous ses efforts rien n'y fait. C'est la vendeuse de tickets, aussi assistante du conducteur pendant le trajet, qui vient finalement nous annoncer la nouvelle : « il y a un problème avec le train, nous allons essayer de le réparer. Si tout se passe vite, nous partirons à 18h30, sinon il faudra attendre 20h15. Enfin, ceux qui le souhaitent peuvent se faire rembourser leurs tickets et prendre le bus ». Nous comprenons ces deux horaires annoncés, ils sont calculés par rapport aux deux seuls endroits stratégiques de la ligne ou nous pouvons croiser le train en sens inverse : à Gonzalez Bastias (à mi-chemin) et ici, quand il sera arrivé à destination.

Nous réfléchissons deux minutes, mais décidons de le tenter : nous avons le temps, et l'idée de pouvoir voir le coucher de soleil sur le fleuve nous plaît bien. Nous attendons pour voir la suite des événements, mais rien à faire, la locomotive est capricieuse, et le départ est confirmé pour 20h15.

Nous partons nous balader pour passer le temps, et trouvons une avancée avec des bateaux accostés pour nous approcher du fleuve. A quelques dizaines de mètres, une digue est colonisée par des dizaines de pélicans. Quelques uns s'approchent et occupent les rochers de notre rive, ce qui donne à Manu l'occasion de les prendre en photo. A moins de sept mètres, on peut dire que c'est plutôt une bonne approche !

Nous retournons à notre point de départ, après avoir acheté au supermarché un pique-nique pour ce soir composé de pain, de chorizo et de compote. A notre grande surprise, notre locomotive est reliée par une rallonge à une prisé électrique, et un booster est en place. Il ne s'agissait donc que d'un problème de batterie, tout est en ordre pour le départ. Enfin... il faut encore attendre l'arrivée de l'autre train avant de nous lancer sur les rails.

Nous mangeons sur le banc du quai puis nous installons, le train démarre sans problème. L'autre train est arrivé et a déchargé passagers et marchandises, il est 20h15, nous nous élançons enfin. Le voyage s'annonce plus long que prévu, avec des grands coups de klaxon qui nous font sursauter à chaque passage à niveau. Et oui, il n'y a pas de barrières et c'est un horaire exceptionnel.

Pas de coucher de soleil, mais des reflets de la pleine lune sur le fleuve, ce qui est tout aussi éblouissant. Nous nous arrêtons aux différentes gares, ou les phares de voitures de ceux venus attendre l'arrivée des passagers servent parfois de lampes. Dans la nuit, nous devons parfois freiner pour éviter les vaches et chevaux qui courent devant nous sur les rails, apeurés par les feux. Ouh là, ça passe parfois très près !

Nous arrivons à Talca, il est 23h35. Et c'est là que nous réalisons que les autres passagers se sont tous arrêtés aux différents villages, d'où l'impossibilité pour eux de prendre le bus. Nous sommes seulement quatre à descendre ici, et les deux autres sont deux voyageuses qui ont pris le train en route sans trop savoir quand il partait. Une longue journée de passée, qui nous en a mis plein les yeux tellement la région offre de beaux paysages.

 
 
 

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