De la capitale aux vignobles chiliens
- 23 mars 2016
- 5 min de lecture

Il est 8h, nous sommes au taquet. Nous avons préparé nos sacs hier soir pour ne pas déranger nos colocataires de dortoir, nous sortons donc en catimini et descendons prendre notre petit-déjeuner. Il n'est servi qu'à partir de 8h30, ce qui n'est pas surprenant comme le rythme de leur journée est vraiment en décalé : il fait jour seulement à 7h30, et les rues ne commencent à s'activer qu'à partir de 8h. Nous occupons donc le temps en feuilletant le dictionnaire français espagnol pour enrichir notre vocabulaire.
A 9h, nous partons, et parcourons les quelques centaines de mètres qui nous séparent de la station de métro. Nous profitons une dernière fois des murs peints de la ville et admirons le travail du graphiste d'hier soir dont les abeilles ont l'air presque réelles. Des personnes nous regardent parfois de travers, ce qui nous fait émettre deux hypothèses : soit ils ne sont pas habitués à voir des personnes autant chargées marcher en ville, soit le pantalon baba-cool de Charlène acheté en Asie les surprend un peu.
Nous prenons donc le métro chilien , qui accueille 1 million de passagers chaque jour, jusqu'à l'arrêt Universidad de Santiago, où se trouve la station de bus. Nous allons au bon quai, et chargeons nos sacs, sur lesquels est collée une étiquette, dans la soute. Et là, c'est la grande classe ! Le bus, sur deux étages, a été agencé avec de gros sièges larges et confortables, bien espacés, avec la meilleure assise qu'on ait vu depuis notre départ. Les trajets vont être un vrai plaisir !
Devant, sur une petite télévision est diffusé un film, en espagnol bien sûr. Nous branchons nos écouteurs au dessus de notre tête pour accéder au son et profitons ainsi de ce film assez drôle pour habituer notre oreille à cette nouvelle langue dont on possède déjà les bases.
Sur la route, des personnes montent pour vendre écouteurs, sandwichs ou encore pâtisseries et boissons. Une fois que leur tour des passagers est terminé, nous les déposons de nouveau au bord de la route, en attente d'un prochain bus.
L'assistant du chauffeur vient alors nous voir, et note sur un grand tableau les noms, prénoms et n° de passeports de chaque passager. Il nous explique que c'est utile en cas d'accidents. C'est rassurant... Il faut dire qu'ici on ne rigole pas avec la sécurité, et un autocollant devant chaque siège indique les règles à suivre. En tant que citoyen, notre devoir est de dénoncer les mauvaises pratiques de conduite sur un site internet dont l'adresse est donnée. Mais plus que cela, il est écrit que nous sommes en droit de demander au chauffeur de limiter sa vitesse s'il roule au-dessus des limitations indiquées. Comment pouvons-nous connaître sa vitesse ? En face de nous un écran digital l'indique, ainsi que le nom du chauffeur et le temps depuis lequel il roule (il n'a pas le droit de rouler plus de cinq heures consécutives). Et s'il venait à dépasser la vitesse, une sonnerie retentit, accompagnée d'une lumière rouge. De quoi dissuader toute chauffeur ayant envie de vitesse. La sécurité, leur première préoccupation ! Aujourd'hui, c'est Borry Tores qui nous conduit, et c'est un bon chauffeur.
Nous profitons donc, bien calés au fond de nos sièges, des paysages qu'offre cette route qui sinue dans la vallée. Sur notre gauche s'élèvent les Andes, sur notre droite des collines arides sur lesquelles pousse peu de végétation. Nous quittons alors la vallée des araucarias et arrivons peu à peu dans la région de Maule, une des plus grandes régions viticoles du pays.
De chaque côté du bitume, des vignes de raisins mûrs s'étendent à perte de vue, les vendanges auront lieu dans quelques jours. D'ailleurs, des affiches annoncent les fêtes que cela va entraîner. Ici, nous sommes en automne, les saisons sont inversées car nous sommes sur l'hémisphère sud. Le maïs est donc lui aussi sur pieds, comme il le serait en septembre en France.
Il est 13h, nous arrivons à Talca. Nous recherchons un hostal, et notre regard est attiré par une affiche qui indique l'Hostal El Paso, avec une promotion à un prix attractif. Nous demandons notre route à un commerçant, mais n'arrivons pas vraiment à destination. Notre espagnol n'est pas encore parfait, il y a quelques explications qu'on a pas dû comprendre.
Nous nous adressons alors à d'autres commerçants qui nous indiquent où trouver les hébergements les plus economicas. A chaque fois, ils nous répondent avec plaisir avec un grand sourire et nous souhaitent que de bonnes choses pour la suite, comme « que Dieu vous protège » ou d'autres formules de bénédictions. Nous sommes très touchés. Nous cherchons, en trouvons un premier qui est fermé puis un second, situé au-dessus du restaurant Los tres mosqueteros. Nous prenons deux nuits, la première avec petit-déjeuner et la seconde sans car nous serons vendredi saint, un jour férié ici, et le restaurant sera fermé.
Nous nous installons, et demandons un plan de la ville. Le gérant arrive alors avec un énorme rouleau en papier glacé, il s'agit presque du cadastre de la ville ! Il dit nous le prêter, mais il faudra le lui rendre. Bien entendu ! Dessus, nous constatons que le nom des rues est composé d'un numéro et de l'annotation Nord, Sud, Est ou Ouest, selon où elle se situe.
Nous sortons manger dans un petit restaurant de rue, et sommes impressionnés par le nombre de jeunes parents. En même temps, les chiliens sont presque aussi chauds que les Brésiliens et la contraception n'est pas encore très utilisée par tous, ce qui a été problématique à certaines périodes.
Nous nous baladons ensuite, et croisons de nombreux étudiants les cheveux enfarinés, les vêtements déchirés, une chaussure en moins, et recouverts d’œufs, de peinture, ou encore avec une patte de poulet en pendentif. Ils nous expliquent que c'est le bizutage de l'université, et demandent de l'argent pour... récupérer leurs chaussures ?
Sur le trottoir, beaucoup de vendeurs proposent des fruits et légumes mais nous croisons également bon nombre de vendeurs à la sauvette de... pansements ! Pourquoi ce produit plutôt qu'un autre, nous ne le savons pas mais dans d'autres villes par la suite nous retrouverons ces vendeurs de pansements.
Nous rentrons à notre chambre, et cherchons ce qu'il y a à voir dans le coin. Dans un livret touristique laissé dans la chambre, nous apprenons qu'une ligne ferroviaire vieille de 100 ans relie encore aujourd'hui Talca à Constitucion, une ville située sur la côte chilienne. Cette ligne traverse paysages et villages pendant 3h30, et malgré les dommages importants subis pendant le tremblement de terre de 2010, elle a été restaurée car indispensable aux habitants.
Il est 18h, nous partons à la gare pour chercher des informations et savoir si la ligne est toujours en place. Il y a deux trains par jour au départ, un à 7h30 et un à 16h30, et les tickets s'achètent juste avant de monter. C'est parfait, nous viendrons demain à 7h.
Nous dînons en passant, puis rentrons. Nous sommes surpris, nous n'avons croisé aucun touriste depuis le début, mis à part des Argentins ou Brésiliens, alors qu'on nous avait dit que l'Amérique du Sud était très convoitée. Tant mieux, nous ne passons que plus inaperçus dans la masse des locaux.




















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