Aller sans retour en terres du lac Inle 3
- 4 mars 2016
- 7 min de lecture
* Texte inspiré des aventures du Seigneur des Anneaux de Tolkien

TOME III : Le retour en force
Nous nous réveillons de bonne heure, en forme malgré un ventre un peu brassé et pour Charlène une petite dizaine d'ampoules de toutes tailles réparties équitablement sur les deux pieds. Nos bonnes chaussures de marche ne sont pas neuves, nous les portons depuis maintenant six mois, mais les chaussettes bien usées en fin de vie peuvent expliquer cela. Quoi qu'il en soit, il reste une journée de marche avant d'atteindre le but ultime de la quête, et ce ne sont pas quelques ampoules qui nous en empêcheront !
Le petit-déjeuner de ce matin est agrémenté de pancakes, trop bien ! Le ventre bien rempli, nous prenons le départ, au complet cette fois-ci car Martin et Frederic ont repris du poil de la bête. Ce soir, nous aurons atteint le lac Inle !
Nous marchons d'un bon pas, notre guide Nam Twue avançant devant en silence ou en fredonnant. Heureusement, Connie est là pour nous fournir quelques explications sur ce qu'on voit. Nous sommes d'ailleurs enchantés d'avoir fait la connaissance de cette américaine, la première que nous croisons à autant s'intéresser à un pays et à sa langue. Une belle rencontre qui change légèrement l'idée que nous avions des anglophones. Nous croisons dans les petites sentiers que nous empruntons de nombreux troupeaux de petites vaches qui mangent ce qu'elles trouvent le long de la barrière : bourgeons, branches d'arbustes... Le sable et la chaleur ne permettent pas d'offrir bien mieux à ces petites bêtes ! L'une d'elles s'approche soudain de Manu pour lui donner un coup de tête ! Serait-elle possédée par les forces du mal ? Toujours est-il qu'heureusement qu'elle ne fait pas la taille de Barette ou de Guess (la vache de Charlène et sa maman), car il aurait volé sur plusieurs mètres !
Nous faisons une pause au pied d'un magnifique arbre, on ne sait combien de fois centenaire, dont les branches s'étendent sur plusieurs mètres dans toutes les directions. Les paysages s’enchaînent ensuite, plus variés que jamais, dont nous allons essayer de trouver une analogie pour vous faciliter l'imagination : les baux de Provence, avec quelques arbres occupant une terre rouge et nue, les Pré-Alpes, de hautes collines d'herbe rase, la Corse, une colline recouverte de forêt dense, le désert, dont seuls les cactus semblent se satisfaire, et enfin la savane (du Kenya d'après Connie qui s'y est déjà rendue) où on s'attend à voir surgir un lion ou une panthère. Heureusement, les tigres ne sont présents qu'au Nord du pays ! Tous ces paysages s'enchaînent en seulement quelques heures, c'est enivrant.
Enfin, nous arrivons à la frontière du territoire Inle, où nous devons nous acquitter d'un impôt pour avoir le droit d'y entrer et d'y séjourner sept jours précisément. Et oui, on ne pénètre pas si facilement en terre Inle... Nous poursuivons notre route, les minutes passent par dizaines, puis dés-escaladons de gros rochers pour rejoindre le niveau du lac. Charlène souffre avec ses trop nombreuses ampoules, mais s'accroche. Yasming commence à faiblir. Vivement la pause déjeuner pour reprendre des forces !
Quand à Martin et Frederic, les deux compères, ils sont au meilleur de leur forme et mènent le groupe d'un grand pas rapide. Nous serions poursuivis par des orques que nous n'aurions pas progressé plus rapidement ! La descente terminée, nous pénétrons cette fois-ci dans une forêt de bambous, puis arrivons enfin à Tone Le, village de l'ethnie des Inn Than, qui signifie « Fils du lac Inle ». Nous prenons notre déjeuner dans un lieu de repos totalement aménagé en bambous, Mobi a une fois de plus fait preuve de ses talents de cuisinier.
Connie propose alors une idée : au lieu de simplement prendre le bateau pour traverser le lac du Sud au Nord, comme cela est prévu, peut-être pourrions-nous chacun rajouter une petite piécette afin de faire le tour des lieux et de s'arrêter dans les villages flottants d'Inle. Les membres de la communauté se concertent... et tombent d'accord à l'unanimité ! Les liens qui nous unissent sont de plus en plus forts...
Nous marchons encore quelques minutes et arrivons au point de départ de la pirogue affrétée spécialement pour notre communauté. Nous sommes arrivés au Sud du lac, la quête est sur le point de s'achever. Nam Twue et Mobi ne peuvent poursuivre avec nous sur ses territoires qu'ils jugent trop dangereux, nous leur souhaitons alors une bonne route de leur côté.
Nous prenons place dans le navire, bâti pour se fondre le plus discrètement possible dans les eaux troubles du lac, puis avançons comme une flèche le long du canal qui traverse l'étendue marécageuse entre les maisons sur pilotis. Des barrières en bambous ont été disposées tout le long du petit canal, avec tout juste une largeur de la pirogue laissée libre pour passer, mais notre capitaine est le plus adroit qui soit et ralentit à peine pour les traverser, comme si les créatures des marais allaient surgir des eaux peu profondes et nous emmener avec eux.
Nous découvrons alors petit à petit ce pourquoi nous avons parcouru tant de kilomètres, franchi tant de collines et braver tant de dangers : le lac Inle, avec en son centre une grande étendue d'eau occupée par les pêcheurs, et autour de vastes marécages dont seuls quelques canaux secrets permettent l'accès.
Nous nous arrêtons comme convenu dans divers villages sur pilotis, chacun spécialisé dans un domaine artisanal particulier : les maisons fabriquant l'argent dans leur fonte et le transformant en somptueux bijoux, les maisons de fabrique des pirogues et autres objets de bois, une fabrique de cigare, une autre d'ombrelle, et enfin une fabrique de textile travaillant entre autres à partir de fil contenu dans les tiges de lotus. Dans chaque maison, tout est fait pour nous présenter chaque étape de chacun des arts réalisés et les différentes techniques employées, et le savoir artisanal partagé s'avère bien grand. Des adolescentes sont réquisitionnées aux métiers à tisser, d'autres encore plus jeunes créent les motifs à base de pétales de fleurs sur les toiles des ombrelles. Malgré que ce soit les vacances d'été, les gestes trop bien maîtrisés nous font penser qu'elles font cela toute l'année. Le Myanmar est bien le premier pays où l'on a vu tant de jeunes travailler un peu dans tous les domaines, nous espérons que cela évoluera au fil du temps.
Sur la terrasse d'une des maisons, deux hommes s'affrontent dans un jeu de palets que nous découvrons pour la première fois. Une fois leur partie terminée, nous nous y essayons. Mais la technique s'avère plus difficile que prévu et nous ne nous révélons pas très doués à ce petit jeu...
Nous reprenons le fil de l'eau, et traversons des jardins flottants (bandes de terre fixées à l'aide de bambous plantés pour qu'elles ne dérivent pas) où ont été plantés des centaines de pieds de tomates. Un peu plus loin, nous arrivons dans la vaste étendue d'eau du lac et observons les pêcheurs à l’œuvre, qui se distinguent par une vieille tradition culturelle : ils pagaient avec le pied, la rame coincée au niveau de la jambe, ce qui leur permet d'avoir les mains libres pour manipuler le filet. Un des pêcheurs au loin fait le clown en nous voyant arriver et se tient en équilibre sur un pied, la rame coincée avec sa jambe, l'autre levée en l'air et tenant en un équilibre précaire la nasse. Comme nous le verrons par la suite, il s'agit d'une figure que l'on retrouve sur toutes les cartes postales le la région.
Nous avançons toujours plus loin, apercevons des hérons et des aigrettes non loin d'un centre de protection des oiseaux, et retrouvons peu à peu la civilisation et la maisons construites en dur sur des zones non marécageuses. Nous arrivons au quai de Nyaung Shwe, et débarquons.
C'est ici que notre communauté prend vraiment fin, les adieux permettant à chacun de souhaiter bonne route aux autres camarades. L'aventure a été belle et nous en sommes sortis victorieux, plein de souvenirs dans la tête. Peut-être de quoi en écrire un livre...
Sous les conseils des passants, nous prenons tous les deux le chemin de la guest house où nous avons réservé une nuit, et où nos sacs nous attendent. Il s'avère que c'est la plus éloignée de la ville, et nous mettons quelques dizaines de minutes pour la trouver. Le bâtiment, très récemment construit, se trouve au bout d'un chemin de terre où poules et chiens se baladent en liberté, entouré de maisons sommairement bâties en bambous. Charlène a une impression de déjà-vu, cela lui rappelle Recas, petite ville de Roumanie assez similaire. Le tout est très authentique !
Le cadre est donc très sympathique, la chambre récente et soignée, et nous avons... de l'eau chaude !!! Juste derrière le bâtiment, nous apercevons par la fenêtre les boui-boui en tôles, en bois ou en bambou qui sont animés par leurs occupants et les animaux et volailles de ces derniers. Il n'y a cependant pas de wi-fi, nous trouverons donc une autre chambre demain.
Notre bourse s'est fortement allégée pendant ce périple, et si nous voulons pouvoir payer notre nuit et s'offrir un repas bien mérité nous devons tout d'abord trouver un distributeur. La jeune fille à la réception nous donne un plan et nous indique le marché du centre-ville, où nous trouverons notre bonheur. La nuit est déjà en train s'assombrir tous les repères que nous pourrions trouver, et nous mettons plus d'une demi-heure à trouver notre destination après nous être quelque peu égarés.
Notre bourse de nouveau remplie, nous trouvons une petite taverne locale où nous dégustons de très bonnes salades pour seulement quelques pièces. Nous retournons à notre auberge en tuk-tuk, car la nuit les chiens se rassemblent et sont nettement moins sympathiques que le jous, et nous devons emprunter de nombreux petits chemins de terre non éclairés avant d'atteindre notre refuge.
Nous prenons alors notre douche, la première douche chaude prise dans ce pays. Autant dire qu'après ces aventures elle est plus qu'appréciée ! Les pieds de Charlène apprécient de se poser, les ampoules ont pris de l'ampleur pendant cette dernière journée, et cela malgré les quelques pansements que nous avions apportés.
La journée a été une fois de plus riche en aventures et en découvertes, et nous sommes toujours aussi heureux de fouler les terres de cette si belle contrée. Notre tête bien remplie de belles images et de belles rencontres, nous nous endormons.




















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