Une introduction au bouddhisme
- 25 févr. 2016
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Il est à peine 7h, Tun Tun frappe déjà à notre porte. Nous sommes prêts, justement en train d'enfiler nos chaussures. Nous descendons dans la rue, et montons derrière lui sur son scooter. Ce n'est pas la première fois (ni sûrement la dernière) que nous montons à trois sur un scooter, mais ce dernier est un peu vieux et supporte mal notre poids dans les quelques côtes de la région.
Sur la route, de nombreux novices sillonnent la campagne pour récupérer les offrandes des habitants. Ces enfants peuvent entrer dans les rangs des moines bouddhistes dès leur plus jeune âge, sur simple volonté de leur part, et sont libres de repartir après une semaine passée dans le monastère si cette vie ne leur convient pas. C'est le premier pays où nous croisons tant de jeunes enfants rasés, en toge, dans les rues.
Nous empruntons quelques routes goudronnées, mais surtout beaucoup de chemins en terre. Les gens nous sourient et répondent avec plaisir à nos salutations. Assez surprenant, nous passons à côté d'un skate park, que nous n'aurions pas pensé trouver ici, puis de crèches avec de très bons aménagements extérieurs. Nous traversons la fameuse route périphérique contournant la ville qui vient d'être fraîchement goudronnée, elle n'est pas plus large que nos départementales.
Nous nous retrouvons en pleine campagne, à traverser village après village. Nous profitons des magnifiques paysages qui s'offrent à nous, offrant un grand panel de diversité. Arrivés au barrage de la ville, nous sommes stupéfaits : la brume se confond avec la surface du lac, si bien qu'on ne distingue plus vraiment la limite entre les deux. Nous avons l'impression de flotter en apesanteur, c'est magnifique. Le barrage fait environ 1 km de long, la retenue d'eau créée sert d'irrigation pour des rizières.
Nous profitons du calme des lieux et repartons, direction un temple. Autour de ce dernier, 550 mini-pagodes dorées ont été bâties, représentant les 550 vies de Bouddha. Devant le temple, un lapin géant de plus de trois mètres affronte un paon tout aussi grand, chacun portant pagode sur le dos. Mais qui va gagner ?
Nous nous rendons ensuite au temple Mahazedi Paya, où nous enlevons comme dans tout temple nos chaussures et chaussettes, même en extérieur. Des escaliers permettent de se rendre au sommet, Manu ira seul. La raison ? Les femmes n'ont pas le droit d'en monter les marches. Encore une fois, il y a des progrès à faire dans la lutte pour l'égalité des sexes ! Malheureusement pour Manu, il n'y a rien à voir tellement la brume est omniprésente ce matin.
Nous reprenons le scooter, et nous arrêtons pour observer un immense bouddha couché en extérieur, long de plusieurs dizaines de mètres. Le dessous de ses pieds est assez surprenant, composé de centaines de symboles que nous ne savons décrypter. Puis nous marchons deux minutes et apercevons le Kyaik Pun Four Figure, un pagode dont les quatre faces présentent la même statue de Bouddha.
Nous rejoignons Tun Tun, assis à un boui-boui, et prenons un thé au lait avec lui. C'est l'occasion de discuter un peu plus de son pays. Nous apprenons qu'il y a 20 ans seulement il n'y avait que des chevaux dans les rues de Bago. Les premiers véhicules motorisés sont arrivés il y a une dizaine d'années. Tun Tun a eu son premier téléphone portable il y a 4 ans, avant ils étaient inabordables car réservés à l'élite gouvernementale. Nous parlons également du thanakha, cette poudre jaune beige que les hommes, femmes et enfants se mettent sur le visage, comme un maquillage. Cela les protège du soleil car ils souhaitent garder une peau la plus claire possible. Nous sortons notre livret de présentation, et poursuivons l'échange.
Nous voilà repartis, en direction d'un atelier artisanal de fabrication de lonjwi, un grand tissu porté en jupe par tous les hommes, femmes et enfants ici. Seulement trois métiers à tisser, il s'agit d'un petit atelier. Ce dernier n'est pas familial, ce sont des employés qui travaillent sur les métiers. La technique est similaire à celle observée au Cambodge et au Laos. Ce qui change, c'est l'âge de ceux qui y travaillent : les filles ne doivent pas avoir plus de quatorze ou quinze ans. Nous apprenons qu'un lonjwi nécessite 200 pounds de fil de coton et 4 heures de travail pour les modèles les plus simples. Petit passage à la boutique, où Manu devient un vrai birman en acquérant un magnifique lonjwi fabriqué ici.
De nouveau en scooter, nous retraversons la ville, passons devant une caserne de pompiers et nous arrêtons visiter un atelier de fabrication de cigares. Il s'agit d'une grande pièce dans laquelle une douzaine de femmes assises en tailleur s'affairent à rouler le tabac dans des feuilles de cheroots, après avoir ajouté un filtre artisanal. Un coup de colle, la bague et c'est prêt ! Les voir travailler est impressionnant : de véritables machines, elles fabriquent chacune 1000 cigares par jour ! Lorsque nous demandons à Tun Tun pourquoi est-ce qu'il n'y a que des femmes, ils nous répond que c'est parce que les hommes ne voudraient pas faire ce travail ingrat et répétitif. Bien sûr...
Il y a 15 ans, la ville de Bago était la première productrice birmane de cigares. Toute la matière première provient du pays, les champs de tabac sont cultivés dans la région et les feuilles viennent des alentours du lac Inle. A l'entrée du bâtiment, deux femmes continuent le travail à une vitesse hallucinante : l'une prépare des paquets de 50 cigares, avec une méthode particulièrement efficace, tandis que l'autre les emballe et les met en cartons.
Nous reprenons le scooter, et nous rendons maintenant au snake monastery. Pourquoi ce nom ? Tout simplement parce qu'il abrite un serpent gigantesque en son sein. En effet, Tun Tun nous entraîne dans un petit bâtiment contenant quelques statues, des cadres photos, une paillasse carrelée en hauteur au fond et sur la droite, ainsi qu'une piscine carrelée de deux mètres de long et cinquante centimètres de haut. Alors que nous avançons au fond à droite, nous apercevons soudain sur la paillasse surélevée l'animal, lové entre des coussins. Waouhhh ! Combien de mètres peut-il bien faire ? Nous ne saurons le dire. Mais il fait sans aucun doute plus de trente centimètres de diamètre, au bas mot. Sur le corps impressionnant de ce python, des billets ont été posés en offrandes. Il est tranquillement allongé, à moins d'un mètre de nous, et son énorme tête bouge parfois pour nous rappeler sa puissance.
Nous écoutons alors, fascinés, la raison de sa présence ici. Il y a des centaines d'années, un père et sa fille auraient été séparés par la mort. Par la suite, l'homme se serait réincarné dans un moine et la fille dans un python. Les deux se sont alors miraculeusement retrouvés et ont vécus comme tel pendant des années. Des photos encadrées au mur montrent en effet un moine assis avec le gigantesque python autour du coup. Malheureusement, la vie de l'homme a été plus courte que celle de l'animal et depuis le décès de ce dernier le python a été recueilli par les moines du monastère. La statue d'une jeune fille, exposée dans la pièce, représente le python dans sa vie antérieure.
Depuis une vingtaine d'années, le python vit donc tranquillement ici, dans cette pièce où sa vie oscille entre repos dans les coussins, baignade dans la piscine et poulets offerts comme repas. Les visiteurs sont nombreux à venir y déposer des offrandes, comme cela se fait partout dans le pays. Il y a plus malheureux, comme dirait quelqu'un que nous ne citerons pas...
Nous récupérons chaussettes et chaussures et enfourchons de nouveau le bolide. Un paysage moins sympathique nous attend, lorsque nous passons devant des montagnes de déchets stockés. Normalement ils sont brûlés, mais pas là apparemment. Nous traversons des rizières sèches, qu'ils utilisent à cette période pour faire pousser des haricots, quelques fruits, des fleurs... Ces dernières sont très vendues pour être déposées dans tous les temples et pagodes, ce qui assure protection à sa famille.
Poursuivant notre route, nous passons alors devant un hôpital. Lorsque nous lui posons la question, Tun Tun nous affirme que le Myanmar est doté d'un très bon système de santé. C'est bizarre, nous ne sommes pas convaincus. Ou alors on peut simplement dire que tout est relatif...
Nous arrivons maintenant au dernier lieu de la visite de la journée, le Kyah Khat Wain Monastery, un très grand monastère où vivent 500 moines, tous âges confondus. Nous découvrons les lieux, et notre guide nous montre le chemin pour rentrer à pied. Ce n'est pas loin, et cela nous permettra de profiter du lieu. Des femmes sont en train de préparer le repas pour les 500 moines, le travail est impressionnant : deux casseroles hautes de 1,50m, d'un diamètre tout aussi grand, remplies de riz blanc, et une poêle géante tout aussi grande où les œufs sont cassés par dizaines pour faire une omelette. Cette dernière est répartie dans des plats (un pour chaque table), emmenés au réfectoire sur un plateau géant porté par de jeunes moines. Leurs muscles sont tendus, la charge semble très lourde.
Nous nous dirigeons vers le réfectoire, il s'agit d'une très grande pièce où ont été disposées de nombreuses tables basses rondes. Cinq verres par table, ainsi qu'un saladier d'omelette, un de soupe et un de riz. Pas de chaises ni de tabouret, de simples paillasses sur le sol font l'affaire. Un jeune moine vient discuter.
Un peu avant 11h, un groupe de touristes thaï approche. Récupérant chacun une assiette de riz, ils s'alignent de chaque côté du couloir menant au réfectoire, formant une sorte de haie d'honneur. Nous ne savons pas exactement ce que cela signifie, mais nous trouvons une place dans les rangs car nous ne voulons rien manquer de ce qui va se passer.
Gong ! Gong ! Gong ! Le gong est sonné par un des moines et le rituel commence. Ce sont 500 moines rasés et en toge bordeaux qui arrivent en file indienne, dans un silence majestueux, et suivent le tapis qui les emmènent jusqu'au réfectoire. Chacun porte devant lui un gros pot noir vernis, refermé par un couvercle.
Des personnes (surtout des thaï) s'avancent alors, et offrent leur assiette de riz à l'un ou à l'autre des bouddhistes qui ouvre son couvercle pour permettre de vider l'assiette à l'intérieur. Ces personnes ont également apporté des offrandes : stylos, pansements, aspirine, cahiers, et bien entendu billets, le tout étant mélangé avec le riz à l'intérieur du pot. Les moines s'installent de façon aléatoire aux tables, toujours en silence, puis commencent soudain à entonner une prière, d'une seule voix. C'est majestueux. Le défilé se poursuit, les visages défilent, des plus jeunes qui n'ont pas six ans aux plus âgés dont le visage est strié de rides. Une fois la prière terminée, le repas commence, même si les derniers ne sont pas encore entrés.
Les cuves de riz sont entièrement vidées, et le festin frugal se déroule dans un silence royal. Nous filmons la scène pour pouvoir prouver à nos élèves que manger dans le calme, c'est possible. Enfin... il y a un juste milieu ! Chacun mange le riz dans son pot, en y ajoutant soupe ou omelette. Pas d'assiette donc, mais cela fonctionne plutôt bien.
Nous quittons l'assistance, et retournons à l'entrée récupérer nos chaussures. Ce sont des enfants, de quatre à sept ans environ, qui viennent à notre rencontre pour nous les donner, demandant par la même occasion de l'argent. C'est contre nos principes, car ils devraient être à l'école ou chez eux plutôt que seuls ici à faire la manche, aussi nous préférons leur donner des gâteaux que nous avions dans le sac.
Nous rentrons, et observons sur le chemin un groupe de jeunes hommes en train de trier des centaines de tomates. L'un d'entre eux interpelle Charlène pour lui en offrir une, et cette dernière ne se fait pas prier pour croquer dedans (à bas tous les principes de précaution donnés contre les crudités, les fruits et légumes non lavés...!). Nous repartons en riant, car le jeune homme se fait charrier par ses compères qui nous saluent avec de grands sourires.
Nous arrivons au marché, que nous traversons pour nous rendre à la route principale. Nous souhaitons retourner à la caserne de pompiers aperçue ce matin pour y prendre quelques photos. Nous marchons, marchons, marchons. Il fait très chaud, et nous avons peut-être mal évalué la distance nous séparant de notre but. Nous passons devant le plus haut temple de Bago, recouvert de plaques de bambou, puis continuons et arrivons enfin à la caserne. Quelques photos plus tard, nous rebroussons chemin et trouvons un petit boui-boui pour manger.
L'estomac plein nous reprenons la route, et sommes interpellés par un homme qui descend de son scooter pour nous parler du bouddhisme et de Jésus Christ. Il nous demande de distribuer la parole. Nous apprenons qu'il y a apparemment quatre causes qui déterminent la vie : la nourriture, le karma, le climat et l'esprit. Son anglais n'est pas très bon, et son discours très répétitif, mais les minutes filent par dizaines sans que nous parvenions à interrompre son discours. Qui a créé l'homme ? Et les objets quotidiens ? De la religion, nous en venons à la philosophie. Enfin, emplis d'un nouveau savoir, nous nous quittons, conscients que la tâche de distribuer la parole ne serait pas aisée. En retraduisant brièvement notre entretien dans ce post, nous espérons pouvoir considérer notre mission accomplie...
Nous arrivons à notre chambre, et nous posons un peu. A 15h30, nous descendons à la réception pour rendre les clés et sortons l'ordinateur en attendant l'heure de départ du bus. Il y a Internet, et nous en profitons pour avancer quelques travaux. Nous sommes alors spectateurs du même spectacle que celui vécu hier : des guides mettant la pression à des touristes à leur arrivée pour partir dans la foulée visiter les temples. Certains mettent les holà, mais malheureusement nous voyons un voyageur solitaire manquant de caractère se faire emmener en nous lançant un regard désespéré...
A 17h30, nous allons manger. La nuit en bus va être longue, autant avoir l'estomac bien rempli. Tun Tun est assis à une table à l'entrée, nous allons discuter avec lui et lui offrons un verre. Il n'a pas trouvé de clients cet après-midi, demain sera peut-être plus prometteur.
Notre repas terminé, nous rejoignons le stand de vente des tickets de bus où un tuk-tuk nous attend pour nous emmener à la gare routière. Au Myanmar, c'est toujours compris dans le prix du ticket. Ils aiment bien nous suivre de prêt pour toujours savoir où nous sommes.
La gare routière est en réalité plutôt constituée d'une multitude de petites agences privés alignées. Après qu'on nous ait porté nos sacs jusqu'à l'agence nous nous asseyons sur deux chaises de jardin en plastique et jouons avec une fillette faisant le clown. Il est 19h15, notre bus arrive. Surprise ! Lorsque nous montons à l'intérieur, nous découvrons qu'il s'agit d'un bus identique à ceux qu'on a chez Maisonneuve. Les sièges ne sont que très peu inclinables. La nuit promet d'être longue !
Derrière nous est installé un couple de français d'une soixantaine d'années, très sympathiques, avec lesquels nous discutons. L'assistant du chauffeur de bus a le même petit sac en bandoulière que celui de tous les écoliers et étudiants birmans : un petit sac artisanal en tissu coloré avec des franges. Il nous offre le kit habituel : une petite bouteille d'eau avec un kit d'hygiène dentaire. Voilà donc pourquoi Charlène avait vu tant de birmanes avec une brosse à dent lors d'un précédant arrêt. En même temps cette campagne de prévention est primordiale quand on voit l'état de leurs dents...
Nous faisons quelques arrêts dans des chemins de terre pour charger des marchandises dans les soutes. La route que nous empruntons est un des axes principaux du pays reliant le Nord au Sud, mais pour autant elle ressemble fortement aux routes départementales de campagne chez nous : beaucoup de virages, des arbres en voûte au-dessus de la route, et des difficultés à se croiser.
Nous profitons sur l'écran des clips musicaux birmans qui reprennent d'anciennes chansons internationales (Cramberries, Elvis Presley...) revisitées. C'est assez drôle. Nous faisons une halte repas sur une aire de repos (pour ceux qui ont commencé le trajet avant nous). Nous venons de passer une longue journée, et la nuit s'annonce toute aussi longue.
Nous nous remémorons nos découvertes et une image nous revient alors en tête : celle du marché, car un passager juste devant nous vient de sortir du poisson séché bien odorant de son sac. Heureusement, nous sommes parés et en moins de temps qu'il ne le faut pour le dire, nos masques vietnamiens sont en place sur notre visage !




















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