Nos premiers pas au Myanmar
- 22 févr. 2016
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Nous sentons que nous nous approchons de plus en plus de Mae Sot et de la frontière birmane à la fréquence des contrôles de papiers qui s'intensifient. Nous sommes surveillés de près, et les policiers sont très efficaces : moins de deux secondes ont été nécessaires pour que l'un deux comprenne que nous n'avons plus que deux jours à passer en Thaïlande et que nous allons ensuite au Myanmar. Ces contrôles nous font prendre du retard, mais cela nous arrange : nous aurons moins à attendre avant le lever du soleil.
Il est 5h45, nous arrivons au terminal du bus, à Mae Sot. Nous allons au guichet qui est déjà ouvert pour demander quels bus vont à la frontière et si c'est possible aujourd'hui. Nous avons lu que la route pour la frontière est si étroite que les véhicules (exceptés les deux-roues) ont un fonctionnement bien précis à respecter : jours pairs dans un sens et jours impairs dans l'autre. Les bus n'y vont apparemment pas, ce sont les tuk-tuk qui parcourent les 6km jusqu'à la frontière.
Un premier nous accoste, le prix est correct, on est partis ! Enfin, si ce n'est que le véhicule démarre avant que Manu ait eu le temps de monter dedans ! La scène est assez drôle. Il fait encore nuit, l'air est frais, Manu utilise les kramas pour se couvrir.
Il est 6h30, nous arrivons à la frontière. Enfin, maintenant il est 6h. Et oui, il y a une demi-heure de décalage horaire ! Nous sommes assez curieux de voir comment va se passer la traversée du poste de frontière, étant donné que ce pays est ouvert depuis si peu de temps.
Nous descendons du tuk-tuk, et sommes directement accostés par des enfants demandant de l'argent. Cela nous rappelle étrangement le Cambodge. Il y a des personnes un peu partout, assez pauvres à la vue de leurs vêtements usés, beaucoup d'enfants et quelques femmes qui font la manche avec un bébé dans les bras. Il est encore si tôt, ont-elles passé la nuit ici ?
Devant nous, une queue de personnes s'est formée, uniquement des locaux. Nous nous mettons à la suite mais n'avons pas le temps de patienter car un homme thaïlandais nous dit de le suivre vers le guichet réservé aux thaïs et aux étrangers. Il vit maintenant au Myanmar, et nous donne quelques informations sur ce pays encore inconnu pour nous.
Arrivés au guichet, nous laissons les moines passer devant, apparemment c'est la coutume ici. Notre tampon de sortie de territoire en poche, nous traversons ensuite à pied le pont qui traverse la rivière et mène au poste de frontière birman, à Myawaddy. Sur le pont se sont installées d'autres mendiantes avec des bébés. Nous ne voulons pas donner d'argent, mais préférons donner les gâteaux obtenus dans le bus, comme le fait le Thaï devant nous.
L'homme nous apprend que ce pont est tout récent. Il y a cinq ans seulement, c'était un No Man's Land que les clandestins traversaient à la nage. Nous arrivons au poste de frontière, et sommes tout de suite accueillis par un homme qui nous guide jusqu'à un petit local très sommaire. Nous laissons de nouveau passer les moines devant nous, puis remplissons une carte d'arrivée. Pas de nom d'hôtel demandé, les informations sont très basiques. Nous passons devant une caméra qui nous prend en photo, le traçage commence...
Une fois nos passeports tamponnés (ils commencent à bien se remplir), nous souhaitons nous rendre à Hpa An. C'est une ville située à trois heures de route, nous avons du temps car le jour vient de se lever et il n'y a aucun intérêt à rester dans cette ville frontalière. Nous ne savons pas s'il y a des bus, et nous ne parlons pas encore le birman, nous nous référons donc à un birman anglophone qui propose un système de voitures partagées, comme cela se fait beaucoup ici. C'est très cher pour le trajet (même si tout est relatif), mais nous avons besoin de quelques jours pour prendre la température des choses ici alors nous acceptons. Nous ne connaissons pas encore toutes les ficelles du pays, même si ça ne saurait tarder...
Nous posons nos sacs dans le coffre et nous installons dans la voiture. C'est là que l'attente commence. Le birman nous avait garanti que ce prix comprenait un départ direct, aussi nous nous sentons un peu lésé. Charlène décide alors d'aller voir d'autres chauffeurs présents un peu plus loin, qui propose exactement le même service. Notre chauffeur commence à paniquer en voyant cela, et sonne le départ. Ça marche !
Nous faisons un petit tour de la ville histoire de gagner du temps et trouvons finalement d'autres passagers pour compléter le véhicule : un Grec qui s'installera à côté de nous, et deux birmans qui monteront... dans le coffre ! La conduite est assez drôle, car au Myanmar on conduit à droite mais les voitures ont été achetées en Thaïlande, où ils conduisent à gauche. Pour doubler lorsqu'on a le volant à droite, ce n'est donc pas le top au niveau visibilité ! La conduite est à la chinoise : grande vitesse, coups de klaxonne, nombreux coups de poker dans les virages...
Nous traversons des paysages tantôt semblables à la Chine, tantôt au Cambodge et tantôt au Laos. L'ensemble est magnifique ! Nous passons quelques contrôles de police puis de plus en plus de « péages ». Il s'agit plutôt d'un homme assis au bord de la chaussée, devant une table, à qui il faut donner un petit billet en passant. Parfois, il y a même une barrière qu'il doit lever manuellement au passage de chaque véhicule !
Nous arrivons à Hpa An, et tombons directement sous le charme... C'est une ville totalement différente de tout ce qu'on a pu voir jusqu'à présent, avec très peu de bâtiments modernes, du sable et de la poussière qui s'infiltrent de partout. Quelques voitures, beaucoup de scooters et motos mais aussi des vélos traditionnels avec un siège à côté (sorte de taxi side-car à pédale). Il est difficile d'expliquer tout ce qu'on voit, mais cet ensemble donne une impression de retour en arrière de cinquante ans, une impression qu'on n'avait eu nulle part auparavant.
Nous commençons par rechercher une banque pour retirer, nous avons rencontrer des voyageurs qui nous ont dit que les distributeurs existaient bien maintenant. Nous allons à une banque, mais celle-ci nous en indique une autre, apparemment la seule équipée d'un distributeur ATM ici (seuls distributeurs que nous pouvons utiliser sans risquer de se faire avaler sa carte, en Chine on ne le savait pas...). Nous trouvons en effet un beau distributeur tout neuf qui dénote dans toute cette poussière. Contrairement à tout ce qu'on avait entendu, il n'y a pas plus de frais bancaires ici que dans les autres pays. Et ceci n'est que le début d'une longue liste sur les fausses idées qui circulent...
Des français que nous rencontrons nous indiquent leur guest house, nous nous y rendons. Le logement au Myanmar est extrêmement cher par rapport aux pays voisins, il faut compter entre 15 et 20 $ pour deux pour les chambres les plus sommaires : sol bétonné, salle de bain partagée avec eau froide. Nous verrons pour les autres postes de dépenses, cela risque de compter dans la balance sur le temps que nous resterons ici.
Nous installons nos sacs dans la chambre dès qu'elle se libère , puis partons faire un tour au marché non loin de là. Nous trouvons alors une vendeuse assise à même le sol proposant des assiettes à déguster sur ses genoux, assis sur un petit tabouret. Nous ne connaissons pas ce plat, nous testons donc. C'est très bon, et ces deux assiettes ne nous coûtent que 50 cents pour deux. Le prix des transports semble très correct. Ça compensera le logement !
Nous nous promenons dans la ville, et prononçons nos premiers mots birmans : Bonjour, min'glaba, et merci, jésoutan'malé. Les gens que nous croisons sont tous très souriants, nous nous sentons les bienvenus dans leur pays.
Chose étonnante ici, les femmes, enfants et une partie des hommes se mettent une poudre jaune qui sèche sur le visage, disposée de façon plus ou moins originale (ronds sur les joues, rayures sur le front...). Nous apprendrons plus tard qu'il s'agit de Thanakha, une poudre fabriquée à partir d'un arbre, qui les protège du soleil (ils veulent avoir une peau la plus claire possible) et les embellit. Nous n'avons pas tous la même notion d'embellir, et cela nous fait un peu penser à un maquillage d'enfant pour le carnaval. Mais nous comprenons que c'est important pour eux.
Il fait très chaud, nous rentrons un moment à la guest house et profitons de la fraîcheur de la chambre et du ventilateur. Manu remarque que le matelas est mou, contrairement aux planches en bois qu'on a eu dernièrement. Trop bien !
Nous ressortons et continuons de nous émerveiller de toute cette authenticité qui se dégage de la ville et de ses habitants. Nous rejoignons le bord de la rivière Salouen où nous nous asseyons pour observer le coucher du soleil. A côté de nous, un bateau extrait les galets de la rivière, avec la même méthode que celle utilisée au Laos.
Une fois le soleil couché, nous repartons et nous arrêtons sur la route à un petit restaurant local. Ce sera une soupe de nouille avec des œufs, plat très classique et pourtant cuisiné différemment de ce qu'on connaît. Pendant le repas, nous observons un marchand ambulant s'arrêter juste devant nous. Son scooter tire une remorque sur laquelle ont été fixées deux grosses enceintes qui diffusent de la musique birmane. Le son est sympa.
Nous voyons également un homme cracher un jet rouge sang sur la chaussée, ce qui apporte une réponse à un deuxième mystère non élucidé : les nombreuses taches rouges sur les routes et trottoirs ne sont pas des traces d'accidents ou d'animaux égorgés, mais seulement des centaines de crachats. Nous apprendrons plus tard qu'il s'agit de bétel, une noix coupée en petits morceaux et enroulée dans une feuille pour être chiquée. A la base, il s'agit d'un anti-douleur naturel et d'un coupe-faim, mais c'est devenu addictif pour une grosse partie de la population, même chez les plus jeunes. Certains en mâchent toute la journée, cela leur rend la bouche et les dents couleur rouge sang. Lorsqu'en plus on voit l'état de leur dentition qui sont pour la plupart dans un état catastrophique (on comprend mieux le besoin d'anti-douleurs), cela fait parfois peur. Maintenant c'est un énorme problème sociétal car aucune campagne de prévention n'a été mise en place alors que ces produits sont cancérigènes.
La nuit apparaît, les chiens si gentils la journée se rassemblent en petites meutes. Cela ravive quelques souvenirs désagréables du Cambodge, nous rentrons sans attendre. Il est encore tôt, c'est parfait nous en profitons pour regarder un film. Nous sommes ravis de cette première journée dans ce pays qui nous a déjà conquis.




















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