A pieds, à pattes, on avance !
- 7 févr. 2016
- 8 min de lecture

Dan se lève un peu avant 5h pour préparer le petit-déjeuner, aller relever ses pièges dans la forêt... Manu est le premier d'entre nous à se lever, au taquet, même si la nuit a été difficile car vraiment pas assez d'espace pour dormir. C'est en pyjama et en tongs qu'il se dirige dans la jungle pour aller aux toilettes, la grande classe ! Puis tout le monde se lève petit à petit et il s'avère que, entre le manque de place et ceux qui ont été malades, tout le monde a mal dormi ! Sauf Patricia, aussi étonnant que cela puisse paraître. Ben et Charlène sont bien brassés ce matin, serait-ce une indigestion suite au poulet par personne de la veille ?
Dan nous montre un rat qu'il a récupéré dans un de ses pièges posés ce matin. En effet, la corde s'est bien enroulée autour de sa tête. Il l'embroche, le vide, puis le fait cuire. Hum... Patricia en a l'eau à la bouche !
Il nous invite ensuite à rejoindre la table du petit déjeuner où il nous explique comment il a fait cuire son cake au chocolat dans un bambou : de la poudre de riz, du chocolat, des œufs, un trou dans le bambou pour y verser la préparation, et le tout est dans le feu ! Il ouvre alors la bambou avec son coupe-coupe et enlève le moule lamelle par lamelle pour faire enfin apparaître le cake. Au goût, il est tellement bon qu'on en revient pas ! Fondant, moelleux, tout ce qu'il faut !
Sur la table se trouve encore une fois un véritable festin, et en plus bien présenté sr la feuille de bananier : bananes, pomelo, ananas, tomates, œufs durs, cake au chocolat, accompagné de thé ou de café bu dans nos verres en bambous. Dommage que les malades n'en profitent pas... Mais les autres compensent car Manu, après son poulet entier de la veille, mangera même deux grosses parts de gâteau !
Dan replie les couvertures, la moustiquaire, mais avant de partir il souhaite nous montrer quelque chose. Nous le suivons alors jusqu'à un piège qu'il vient de concevoir, avec seulement du bois et du bambou. Il nous explique qu'ils se servent de ce piège pour chasser mais qu'il a surtout beaucoup été utilisé pendant la guerre du Vietnam contre les Américains. Comme quoi chacun des deux camps utilisait bien toutes les horreurs à sa disposition...
Une fois tous les morceaux en place et la corde tendue, Dan simule un animal qui avancerait sur la corde en le remplaçant par un tronc de bananier, bien solide. Et le tout est extrêmement rapide et violent : un bambou vient soudain s'empaler de 5cm dans le tronc de bananier. Ah quand même... Nous apprenons que si l'animal n'est pas tué sur le coup, il suffit de suivre les traces de sang pour le retrouver. Même si seuls ceux qui connaissent la jungle sont sensés s'y rendre, il y a quand même régulièrement des accidents avec ces pièges si bien camouflés : surtout des enfants, mais également le chef du village qui est en ce moment à l'hôpital car il s'est fait transpercer le tibia.
Nous reprenons nos sacs à dos, et la deuxième journée de marche commence avec quelques courbatures d'hier, il est 9h. Nous rejoignons le ruisseau, Dan nous annonce qu'il n'y aura plus de dénivelé aujourd'hui, nous allons suivre le lit de la rivière. Sur le chemin, nous pouvons voir des arbres de plus de mille ans, du basalte, du granit, des roches volcaniques, des arbres étrangleurs... Dan s'arrête alors près d'un gros arbre, lui fait une incision avec son coupe-coupe, et attend qu'un liquide un peu épais s'en échappe, liquide qu'il utilise pour masser l'intérieur de sa bouche. Il nous explique alors que c'est efficace contre les maux de dent.
Peu après, nous passons à côté d'un arbre immense sur le tronc duquel est fixé une échelle en bambou de plusieurs dizaines de mètres. Cette échelle sert à récolter le miel produit au sommet de l'arbre, ce dernier étant bien vendu. Malheureusement, les échelles sont souvent mal entretenues et il y a de nombreux morts chaque année...
Nous arrivons à un cours d'eau plus important, c'est cette rivière que nous allons traverser, retraverser et re-retraverser des dizaines de fois en suivant un sentier qui la serpente, parfois en sautant de rocher en rocher, parfois en marchant avec de l'eau jusqu'à la taille.
Le sentier disparaît par moments et ce sont les rochers le long de la rive que nous escaladons prudemment, des planches en bois servent parfois de passerelles, c'est une sorte de via ferrata naturelle très sympa. Alors que nous repartons un peu dans la forêt qui suit le cours d'eau, nous passons au milieu de quelques buffles paisibles qui se reposent. Leurs excréments sont récupérés et utilisés soit comme engrais dans les rizières, soit pour faire pousser des champignons hallucinogènes ensuite vendus à certains touristes... Autour des buffles, un tapis de feuilles géantes : des feuilles de tek.
Enfin, après 3h de marche intense, où Dan a marché d'un bon rythme devant sans beaucoup s'occuper de comment avançaient ceux de derrière, nous arrivons à un barrage qui signifie la fin de la randonnée en rivière et de ses paysages ressemblant parfois à de mini-canyons. Nous faisons une pause goûter, ah que c'est bon de se poser !
La dernière partie de notre trek est celle des rizières. Nous traversons en effet des rizières sèches (riz ramassé il y a quelques mois) et d'autres en eau, nous marchons sur les têtières (monticules de terre délimitant les rizières), traversons des plants de piments, des ananas, des champs de cacahuètes immenses, des choux, de l'ail, des oignons...
Nous sommes dans une petite vallée entourée de collines recouvertes de forêts. Nous pouvons observer les femmes travailler aux champs pendant que les hommes discutent tranquillement, rassemblés à l'ombre des cabanes.
Au bout d'une heure, nous rejoignons une route goudronnée, qui signifie notre retour à la civilisation. La balade est terminée... Dan souhaite nous emmener dans un très bon restaurant non loin de là, apparemment aimé des critiques. Malheureusement, nous déclinons gentiment son offre, n'ayant pas très faim là tout de suite. Tant pis pour nous, il appelle sa femme qui vient nous chercher 20 minutes plus tard en Lamborghini, et en l'attendant nous apprenons que nous avons parcouru 34km en deux jours (dont 18km aujourd'hui), avec les 700m de dénivelé hier. En plus, nous avons bien marché puisque nous avons mis seulement quatre heures au lieu des cinq habituelles aujourd'hui. On est plutôt fiers !
Nous embarquons dans notre voiture de compétition et c'est parti direction les éléphants ! En espérant que ce ne sera pas bondé de touristes qui feront la queue en attendant leur tour et que les animaux seront bien traités... Nous arrivons vers une cabane, mais comme nous ne nous sommes pas arrêtés pour manger nous sommes en avance. Nous partons donc à pieds visiter une distillerie d'alcool de riz pendant que Dan ramène sa femme. C'est le même procédé que celui vu au Laos.
La pluis est apparemment annoncée ces trois prochains jours, nous prévoyons alors de changer nos plans. Au lieu d'aller à Mae Sariang, à 5 ou 6h de bus, tôt demain matin pour peut-être ne rien pouvoir visiter, nous choisissons de rester ici une journée de plus pour nous reposer (nous l'avons bien mérité) et nous rentrerons tranquillement sur Chiang Maï pour y passer la nuit le jour suivant. Ce sera moins la course, et puis... Mae Hong Song c'est vraiment une petite ville très chouette.
Il est 15h, nous retournons à la cabane des cornacs. Nous entendons alors de loin de grosses cloches en bois résonner entre les arbres. Avant de les voir apparaître... Tranquillement, posément, les deux éléphants arrivent chacun d'un côté en marchant au milieu de la route goudronnée, libres mais sachant pertinemment où ils sont attendus. Un homme marche 50m devant l'un d'eux, c'est le dresseur, ou aussi appelé cornac.
Les éléphants arrivent tout juste de leur parc, ils ne sont pas encore partis en ballade aujourd'hui. Ils sont tout boueux et doivent être lavés avant que ce soit possible de les seller. Le premier pousse un énorme barrissement en arrivant dans l'eau, trop content. Le cornac descend dans l'eau lui aussi, les faisant coucher pour les laver. L'homme en blanc a comme unique pouvoir celui des mots, qu'il prononce sûrement, posément. Les éléphants s'exécutent, se couchent sur le côté, s'asseyent sur leurs pattes arrières, s'écartent au besoin. Il n'y a pas une trace de maltraitance, d'animosité, de malveillance, seulement de la complicité entre l'homme et l'animal. Tout ce qu'on cherchait !
Le deuxième cornac est plus jeune, plus hésitant. Il ressemble plus à un assistant du premier. Il place une petite cordelette autour de son éléphant pour le guider. Le dresseur, quand à lui, reviendra de la rivière directement assis derrière la tête de son éléphant !
Les hommes font patienter les éléphants sous la cabane en hauteur qui sert d’embarcadère. Puis ils s’attellent à leur mettre le siège sur le dos, leur demandant de lever la patte pour y passer la sangle. Le premier éléphant prêt, Charlène et Manu montent dessus, ce dernier pas très rassuré par le sanglage, puis ils s'éloignent un peu en suivant le plus jeune cornac pour permettre au second éléphant d'être sellé à son tour.
Patricia et Ben montent ensuite, le dresseur grimpe de nouveau derrière la tête de son animal puis on est partis. Nous empruntons le cours d'un ruisseau, passons par un bois. Ce qui est formidable, c'est que les animaux marchent à leur rythme, sans être bousculés d'une quelconque manière par leur dresseur. Lorsqu'ils ont faim, ou par simple gourmandise, ils attrapent un arbuste sur le chemin.
Le cornac s'éclate avec son éléphant, il lui suffit de prononcer un mot et l'animal jette un tronc hors du passage avec sa trompe. Impressionnant... Leur complicité est vraiment belle à voir. Ils nous apprend notamment que ce sont deux femelles qui s'appellent Meka et Mekador, Meka ayant quarante-quatre ans et Mekador vingt-six ans.
Sur le chemin du retour, le dresseur assis devant Ben et Patricia saute soudain de Meka, l'appareil photo en main pour les prendre de devant. Et pour remonter, rien de plus simple : il lui suffit de demander à son éléphante de lever la patte pour lui permettre de monter dessus !
De notre côté, on profite pleinement de la balade : on observe les paysages, on caresse le dos de notre monture, on soulève les câbles téléphoniques pour passer dessous... Au bout d'une heure, nous sommes comme prévue de retour au point de départ, heureux de voir que personne n'attend pour la balade suivante. Ils ont vraiment l'air d'avoir la belle vie, ces éléphants. Nous achetons deux régimes de bananes que nous leur donnons, sans même enlever la peau. Leur trompe l'attrape si vite pour la mettre dans la bouche qu'ils ne prennent même pas le temps de les déguster ! En même temps, Dan nous a dit qu'ils mangeaient 250kg de nourriture par jour, donc un régime de banane...
Nous remercions Meka, Makador et les deux cornacs, plus que ravis de cette expérience, et passons même quelques minutes à leur caresser la trompe et l'encolure. Leur regard, tellement intelligent, nous donne l'impression de comprendre beaucoup de choses.
Nous rentrons à Mae Hong Song et prenons le temps d'écrire dans le livre d'or de Dan, qu'il utilise beaucoup. Avec ces deux merveilleuses journées qu'il nous a faites passer, on lui doit bien ça ! Nous rentrons à la guest house, où Ben s'écroule sur le lit car il n'a pas encore récupéré de son indigestion. Quand à Patricia, Charlène et Manu, leur estomac crie famine ! Et oui, nous n'avons pas mangé à midi aujourd'hui. C'est parti direction le marché autour du lac, où les brochettes et autres plats cuisinés font un tabac.
Enfin, un rendez-vous Skype a été fixé avec la famille de Charlène qui s'est rassemblée autour d'un grand repas aujourd'hui. C'est une bonne occasion pour partager nos premières journées à quatre ainsi que ces deux jours de treks passés dans la jungle. Mais contrairement aux autres Skype, cette fois c'est nous qui avons Patricia avec nous. Il y aura peut-être plus de bruit de notre côté ! Nous discutons un long moment puis allons nous coucher, fatigués mais ravis par ces deux journées mémorables.




















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