Le froid s'invite lors de notre croisière en slow boat
- 24 janv. 2016
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Il est 6h30, nous nous levons silencieusement. Il a plu toute la nuit, nous espérons que cela va s'arrêter dans la matinée. Nous n'avons pas de fenêtre dans la chambre, nous n'en savons donc pas plus en ce qui concerne la température. 7H20, nous nous dirigeons vers le hall d'accueil, un matelas a été installé au milieu, recouvert d'une moustiquaire. Comme toujours en Asie, le veilleur dort dans le hall. Nous posons les clés sur le comptoir (tout a été réglé la veille), ouvrons discrètement la porte d'entrée et les volets. Et là, nous découvrons un temps pluvieux, gris, mais surtout glacial. Hier, nous étions en tee-shirt, comment a-t-on pu perdre autant de degrés en une nuit ?
Trop tard pour se changer, car nous sommes en short, et que nos sacs sont bien ficelés et cadenassés, nous espérons seulement que le temps va s'améliorer dans la matinée. Nous guettons le tuk-tuk qui doit venir nous récupérer, et en voyons rapidement un qui s'arrête. Nous lui montrons nos tickets, ce n'est pas notre tuk-tuk. Il se brosse les dents au robinet extérieur, puis nous fait comprendre qu'il est un ami du veilleur. En effet, il ouvre les volets en grand, faisant entrer le froid glacial dans le hall, met le ventilateur en route... Bref, on en connaît un qui va être content du réveil !
Notre tuk-tuk arrive, vérifie nos tickets, et nous embarquons. Nous gardons nos sacs à l'abri avec nous, heureusement que nous ne sommes que six dans l'habitacle : deux autres couples de français sont également de la partie. Il y a une dizaine de kilomètres pour arriver au quai, le trajet est terrible étant donné que le véhicule est ouvert de tous les côtés. Nous avons nos k-way, heureusement. Nous discutons avec nos compagnons de route et l'un d'eux nous apprend que ce temps est prévu pour trois jours ! Et dire qu'on aurait pu partir avant si on avait su cela, pour le coup on aurait jamais pensé pouvoir atteindre de telles températures ici !
Nous arrivons au quai, et nous dirigeons vers le guichet de fortune (une table en bois devant un panneau d'affichage) pour y échanger nos reçus contre des tickets. Alors que l'office de tourisme indiquait que les prix ici étaient 220 000 kip par personne, il est indiqué sur le panneau 320 000 kip ! Heureusement finalement qu'on a pris nos tickets en ville, car pour moins cher on a eu le tuk-tuk inclus. Avec ce temps, c'était préférable...
Certains voyageurs se changent (mini-shorts pour certaines filles peu adaptés à la situation), et nous sortons à regrets en direction d'une série d'escaliers qui descendent au quai d'embarquement. Avec la pluie et nos sacs, la descente n'est pas aisée ! Nous passons par une sorte de pont flottant en plastique, où un laotien s'occupe d'accueillir les passagers. Le pauvre est trempé et frigorifié, son parapluie rose ne l'aidant pas vraiment vu le vent. Un autre homme prend nos sacs et les emmène vers le fond, dans la salle du moteur.
Le bateau, dont l'intérieur est tout en bois, est ouvert sur les côtés, même si des bâches ont été installées pour limiter la pluie qui s'infiltre de partout. Il y a un couloir central et deux rangées de sièges, comme dans un bus. La ressemblance avec ce dernier ne s'arrête pas là, car en effet ce sont bien des sièges de bus qui ont été posés tout le long du bateau. Ils ne sont pas fixés, nous pouvons donc les déplacer pour obtenir l'espace désiré. Attention cependant à ne pas le reculer sur le passager derrière en s'appuyant tout simplement contre pour se relever ! On a lu sur des blogs que le moteur à l'arrière était bruyant, on s'installe donc au milieu. L'avant, organisé différemment, est réservé pour les locaux qui utilisent ce bateau pour rejoindre leurs villages isolés, transporter des marchandises...
Après avoir vérifié nos tickets, notre capitaine démarre, il est 8h40. L'aventure commence ! Nous prenons de la vitesse sur le Mékong, la durée de trajet prévue est de 9h environ. Tout le monde remonte les capuches, sort les gants, la journée s'annonce longue ! Alors que nous commençons à trouver comment s'installer pour contrer le froid, des cris s'élèvent à l'arrière du bateau. Un homme se précipite à l'avant, parle au capitaine à l'oreille, et se dernier va voir à l'arrière. Il revient, accoste le bateau sur la rive, sur un banc de sable au milieu de rien. Cela fait 20 minutes que nous sommes partis, et le bateau est déjà en panne, problème de moteur ! La journée s'annonce très longue !
Il s'est par contre arrêté de pleuvoir, on en profite pour descendre sur le banc de sable. Bouger aide un peu à contrer le froid. Nous attendons un bateau de remplacement qui devrait venir nous chercher, nous guettons donc tous les bateaux qui passent avec espoir. Contrairement à ce qui est dit dans l'adage, le capitaine n'est pas le dernier à quitter le navire, bien au contraire ! Il est le premier sur la plage, tout équipé, écharpe autour du coup, clope au bec, et sac à dos bien en place.
Enfin, un bateau ralenti en nous voyant, nous avons attendu une trentaine de minutes. Il se range contre le nôtre, et le transfert s'effectue un peu n'importe comment : certains enjambent les balustrades et passent par dessus l'eau, se faisant parfois une frayeur quand l'écart entre les navires s'agrandit subitement. Les sacs sont transvasés, mais il n'y a pas assez de places assises dans le nouveau bateau. Ce sont donc ensuite les sièges de bus qui sont passés par dessus bord et installés à la va-vite. Manu ira aider, mais la plupart resteront simplement à observer.
Nous nous installons de nouveau, tout le monde est frigorifié. L'humidité du fleuve, le vent et la vitesse, le froid, font le succès de la dame au comptoir au fond qui propose des sachets de café soluble. Ah, ça fait un bien fou ! Plus que 8h... Le seul endroit du bateau où il fait moins froid est à côté du moteur, lequel est d'ailleurs un peu particulier car rien n'est protégé, les courroies tournent à toute vitesse à côté du lieu de passage pour rejoindre les sacs. Le moteur est énorme, et très bruyant, on ne peut donc pas y rester très longtemps.
Pour ne pas penser au froid Charlène se plonge dans la lecture, Manu tente des photos même si les clichés ne risquent pas de rendre grand chose étant donné le temps. Il est vraiment dommage que le temps ne nous permette pas de profiter pleinement de l'expérience, car nous devons choisir entre tirer les petits rideaux en tissus pour limiter l'air ou apprécier les rives du Mékong et avoir froid. Le long du trajet, les paysages magnifiques se suivent sans se ressembler : bancs de sable, plaines, collines de forêt, jungle, rochers... Nous observons également des scènes de vie : de nombreux villages perdus au milieu de la jungle, deux laotiens ayant accosté sur un énorme rocher au milieu du fleuve qui font un feu pour se réchauffer, des vaches et des chèvres sur la rive (que mangent-elles?), un éléphant et son dresseur sur le pont d'un bateau, ou encore des bambous plantés dans les rochers pour amarrer les pirogues.
De temps en temps, un speed boat nous dépasse : il s'agit d'un petit bateau, à peine plus gros qu'une pirogue, qui parcoure le trajet en 3h au lieu de 9h. Les passagers sont équipés de casques de moto et de gilets de sauvetage, et passent à toute allure à côté de nous. On nous avait parlé de ces véhicules, dont les accidents et les victimes sont nombreux chaque année car la sécurité n'est pas toujours respectée... En plus, si c'est pour ne pas apprécier le paysage...
Nous mangeons nos sandwichs pour oublier le froid, puis poursuivons notre route, nous arrêtant de temps en temps le long de la rive pour déposer villageois ou sacs de riz. Il est presque 18h, nous arrivons enfin à Pakbeng, village escale où nous passerons la nuit. Nous récupérons nos sacs à l'arrière et la sortie du bateau ressemble un peu à Fort Boyard : nous devons marcher en équilibre sur des sacs de riz, tout en se baissant pour que le haut de nos sacs ne bute pas contre le plafond, puis nous devons grimper une grande dune de sable pour arriver enfin à une série d'escaliers. Voilà de quoi réveiller nos membres engourdis !
Le village est tout petit, et a été parfaitement adapté à son rôle de village dortoir pour les escales : il n'est constitué que de guest houses et de restaurants, les habitations étant plus haut dans la colline. On recherche une guest house, et devons nous enfoncer dans le village pour obtenir un tarif intéressant. Nous négocions une chambre et y posons nos affaires pour la nuit, puis ressortons à la recherche d'un bon repas. Fait assez paradoxal, alors que la gérante nous affirme qu'il fait toujours froid ici, tout les restaurants ne proposent que des terrasses ouvertes de tout côté. Pas la peine donc d'imaginer manger au chaud !
Nous regardons les cartes des différents restaurants puis un panneau attire notre attention. Écrit en français, nous pouvons le résumer en une phrase : « Vous comprendrez en goûtant la cuisine ici pourquoi j'ai épousé ma femme ». Nous arrivons dans les premiers, heureusement, cela nous permet d'être servis rapidement. Pendant le repas, Mathieu et Virginie, avec qui nous avons partagé le tuk-tuk ce matin et le bateau la journée, arrivent à leur tour et s'installent à nos côtés. Malheureusement pour eux, la commande sera longue à arriver et ils n'auront au final qu'un plat sur les deux. La cuisine n'est pas fantastique, aussi nous avons d'autres hypothèses concernant le choix de son épouse, d'autres talents cachés peut-être...
Nous rentrons à notre chambre, qui ressemble aux cabanes en bois qu'on construit dans le jardin : les cloisons en bois sont très fines, avec des trous, le vent passe entre les planches qui ne sont pas jointes. Il n'y a pas de fenêtre fermée, juste une moustiquaire. Nous faisons la connaissance de Clément, un québécois qui est justement dans la chambre à côté et qui était dans le même bateau que nous. Alors qu'il devrait être insensible au froid étant donné ses origines, il n'en mène pas large lui non plus.
La salle de bain commune est abritée par une tôle, mais est ouverte sur l'extérieur, il y règne donc un froid polaire. Tant pis, nous serons un peu sales mais nous ne nous doucherons pas ce soir ! Nous sortons nos duvets pour la nuit, en plus des couvertures du lit. Il se remet à pleuvoir dehors. Une journée identique à celle vécue aujourd'hui se profile pour demain... Nous prévoirons en conséquences !




















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