Ban Nam Nga, un village pas si grand que ça !
- 17 janv. 2016
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Il est 8h30, nous rangeons une fois de plus nos sacs et une heure plus tard nous prenons la direction de la gare routière du Nord. Nous préférons boycoter les tuk-tuk hors de prix, quitte à marcher une petite heure avec nos sacs. Nous avons le plan de la ville, nous ne devrions pas avoir de mal à trouver la gare. Cela nous permet de découvrir une partie de la ville que nous n'avions pas encore explorée.
Nous arrivons alors à un pont métallique, avec une partie centrale pour les deux roues et un petit passage de chaque côté, légèrement plus bas, pour les piétons. Enfin, c'est ce qu'on suppose ! Nous empruntons donc ce passage étroit qui ne se révèle pas très rassurant : les planches sur lesquelles nous marchons se soulèvent et sont arrêtées par les têtes de clous. Ce n'est pas comme si avec nos gros chargements nous faisions le double de poids d'un laotien !
Nous continuons à marcher, il y a des travaux à une intersection mais un des hommes du chantier confirme notre route. Nous arrivons à la gare routière, nous n'aurons finalement mis que 45 minutes. Nous demandons deux tickets pour Ban Nam Nga, c'est bien, le prix est le même que celui indiqué par notre hôte qui nous attend sur place. Bon, il faudra laisser un peu de temps au guichetier qui est en train de manger une assiette de nouilles (ne jamais déranger un guichetier qui mange !) puis nous repartons nous installer, nos tickets en poche.
Il nous annonce que le bus partira à 11h, ou peut-être à 12h. Il y a quelques stands le long de la gare, Charlène part voir si elle peut acheter quelque chose à manger. Rien d'intéressant, la seule nourriture consistante étant des brochettes de viande déjà refroidies et visitées par les mouches. Tant pis, elle revient avec un sac de 5 mini-baguettes. Le pain est mou, mais pas mauvais ! Cela nous permettra d'être calés le temps de trouver un vrai repas.
A 11h15, une sorte de gros tuk-tuk se prépare au départ. On apprend que c'est celui qu'on prend. Il s'agit donc d'un petit camion plateau aménagé avec un arceau (ce qui permet de charger le toit avec les bagages, les volailles...) et des bâches relevées de chaque côté. Un banc de chaque côté, des sacs de riz au milieu, ainsi qu'une bassine de cintres et de coton, nous nous installons.
Nous somme sept de chaque côté, une personne s'installe sur les sacs de riz, et trois autres montent dans la cabine avec le chauffeur. Trois des passagers discutent avec nous, ils sont originaires de Kunming en Chine et travaillent ici pour une usine de tabac.
Le long du trajet, nous essayons de trouver l'emplacement du quai d'embarquement du slow boat, qui est gardé secret pour entretenir le business des tuk-tuk, mais rien à faire, aucune indication n'est laissée. La routé est dégradée, certaines portions sont en terre ou en graviers, nous sommes secoués. L'air est frais et humide, nous allons de plus en plus au Nord et longeons le fleuve Ou, et évidemment nous sommes en tee-shirt. Heureusement, nous sommes nombreux et serrés, ce qui tient chaud.
Après avoir traversé de nombreux petits villages et de magnifiques montagnes boisées, nous arrivons à destination : Ban Nam Nga, le trajet aura duré deux heures (pour parcourir 80 kilomètres). Il n'y a qu'une dizaine de maisons visibles, alors que le village est indiqué sur notre carte IGN. Sommes-nous arrivés à bon port ?
Nous souhaitons tout d'abord manger, mais il est trop tard, les quelques stands visibles sont déjà fermés. Nous trouvons alors un dépanneur (mot québécois qui signifie une petite épicerie) et y achetons un sachet de croustilles (des sortes de chips).
Nous demandons où dormir, la vendeuse nous indique une piste qui part 100 mètres plus loin sur la gauche. Il y a un abri, nous nous y installons pour manger nos croustilles et notre morceau de pain. Puis nous nous lançons à l'aventure : nous avançons toujours plus loin sur la piste, qui traverse des petits groupes de maisons, mais rien à l'horizon si ce n'est l'immensité de la forêt qui nous domine.
Nous ne sommes plus sûrs que ce soit le bon chemin, nous demandons donc à un Laotien de nous prêter son téléphone pour appeler Joël, notre guide. Nous ne sommes sensés arriver que demain chez lui, mais étant donné que le village est minuscule et qu'il n'y a apparemment rien pour y dormir, nous allons devoir avancer notre arrivée d'une nuit.
Un homme nous prête son téléphone, et là grande surprise : il ressemble à nos anciens fixes, avec un support et le combiné attaché à un câble tortillé, à la différence prêt qu'il fonctionne à piles et qu'il a une antenne. C'est donc un des premiers modèle de portable que l'on a devant les yeux ! Nous appelons, mais n'obtenons aucune réponse. Notre bienfaiteur, qui parle soudain quelques mots d'anglais, nous demande ce que l'on recherche. Au mot « bungalow », ses yeux s'écarquillent et il nous indique de continuer le chemin sur 1km. On est sur la bonne voie, finalement.
Nous continuons notre marche, toujours en direction de la forêt, passons à côté de plantations d'hévéas, le paysage est splendide, calme et imposant. Le Laotien avait raison, nous finissons par arriver chez Joël, notre hôte. Il paraît surpris par notre arrivée, puis soulagé quand nous lui dévoilons qui nous sommes. En effet, il paraît impossible d'arriver chez eux par hasard ! Il mettra d'ailleurs un moment à s'en remettre : personne n'était jamais venue à pied du village, c'est une grande première !
Nous sommes chanceux, un des deux bungalows vient de se libérer ce matin. Nous aurons donc un lit où dormir. Étant donné les températures qu'il doit faire ici la nuit, on n'est pas mécontent du dénouement de la situation ! Ils nous préparent la chambre, et pendant ce temps nous faisons la connaissance de Mali, 22 mois, qui dort sur le canapé. C'est la fille adoptive (adoptions fréquentes ici) de Joël et de sa femme Noï, laotienne.
Nous récupérons les clés de notre bungalow et nous installons. Nous découvrons ensuite leur maison, composée seulement d'une chambre cloisonnée et d'une grande pièce à vivre (cuisine, salle à manger, salon) ouverte sur l'extérieur, avec seulement une petite balustrade en bois. Vu les températures ici, on peut vivre dehors toute l'année. Alors que chez nous cette maison paraîtrait minuscule, ici elle paraît juste parfaite et adaptée à la vie locale, elle se suffit à elle-même. Nous découvrons ensuite le jardin, avec ses ananas, ses mangues, litchis, pamplemousses, citronniers, teks, et nombreux autres plantes et arbustes, ainsi qu'une gigantesque termitière, le poulailler et ses canards, les hamacs disposés dehors entre les arbres, et enfin, derniers personnages de la maison, le chat et Papaye, jeune golden retriever de 8 mois.
Nous discutons ensuite avec Marie-Claude et Denise, deux professeurs à la retraite qui viennent de terminer leur séjour ici et s'en vont demain. Nous partageons nos impressions sur le Laos, nos avis convergent. A 19h30, nous allons manger. Il fait froid et humide, étant proches de la rivière. Le thermomètre n'indique que 17°, mais nous sommes tellement habitués à la chaleur que cela nous fait un choc. Nous ressortons les pantalons et polaires, enfin une occasion de les utiliser ! Sans oublier que nous mangeons dehors, le salon étant ouvert sur l'extérieur.
Noï, qui est excellent cuisinière, nous a préparé un repas typique laotien : du riz gluant, que l'on prend à la main directement dans le panier pour en faire une grosse boulette, et des plats dans lesquels on trempe ce riz. Le premier est une préparation à base d'algues ramassées dans la rivière, le second est un lap au poisson, plat incontournable du pays qui consiste à hacher finement le poisson et à le mélanger à tout un tas d'herbes et d'épices. Le Laos est un des pays où l'on utilise le plus d'herbes aromatiques dans sa cuisine.
La soirée est sympa, on discute bien. Joël a abordé le sujet des écoles du village, nous lui avons demandé pour aller en voir une. Il nous propose de nous y rendre demain matin, c'est parfait! Les élèves ont cours toute la journée, sauf quand il y a une réunion de profs improvisée ! Joël nous livre également quelques anecdotes concernant l'école comme les cours pour remonter une arme, par exemple.
Demain, Marie-Claude et Denise s'en vont, et aucune arrivée n'est prévue ces prochaines jours. Nous seront donc seuls pour les activités. C'est le grand luxe !




















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