Journée dans une famille Bahnar
- 29 déc. 2015
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Ce matin, c'est au tour de Manu d'aller chercher le petit déjeuner. Il va ensuite voir les gérants du Family hôtel afin de récupérer les clés du scooter. Sur place, un couple de français retraités vient d'arriver, ils en profitent pour discuter. Arrive alors Thuunh, qui revient travailler après quelques jours de vacances, et Élodie (volontaire coordinatrice) qui revient de son stage de cinq jours de yoga à Dallat.
Les filles An et Maria (qu'on appelle aussi Mang), arrivent en scooter au Family. Élodie souhaite venir au village avec nous, nous lui laissons donc quelques minutes pour poser ses sacs et se préparer. Seulement ses affaires ont été stockées dans la chambre de Coco (afin de libérer sa chambre pour la famille d'expatriés) et le double des clés n'est pas le bon, la porte ne s'ouvre pas. Les clés du scooter sont également à l'intérieur, donc pas de clé de chambre pas de virée au village. Après avoir fouillé les placards, c'est finalement une petite clé solitaire qui permettra d'accéder au sésame.
Nous prenons donc la route, en direction de l'ouest de la ville. Nous nous arrêtons à la station essence et là, le sort s'acharne : impossible pour Élodie d'ouvrir le siège afin d'accéder au réservoir. Nous appelons Coco, qui est à Saïgon, mais ce dernier ne nous dit rien de plus que ce que nous faisons déjà. Un jeune vietnamien, habitué des scooters, vient essayer à son tour. En forçant un peu, il parvient enfin à l'ouvrir !
Nous suivons les filles sur une route goudronnée, puis sur des chemins de terre. Le village est situé à plus de 20 km de la ville, nous prenons le temps d'observer les paysages et les gens sur le bord de la route. Nous traversons un pont métallique étroit, puis arrivons enfin à destination.
An nous invite à rentrer chez elle, et nous faisons très vite la connaissance de ses parents et de ses petits frères et sœurs. Ils forment une famille nombreuse mais les plus grands n'habitent plus sur place. Élodie connaît déjà la famille car elle a été invitée lors du mariage de leur fille aînée, deux mois plus tôt. Elle permet ainsi de faire le lien.
Nous entrons dans une pièce de la maison qui compte une paillasse par terre, un lit (sans matelas) dans un coin, une commode et un bureau d'écolier. Nous nous asseyons en rond sur la paillasse, An nous offre un verre de thé. Nous rigolons avec les petits frères et sœurs, An et Mang traduisent pour nous.
Les filles partent ensuite quelques minutes et reviennent avec les bras chargés de victuailles : riz, brochettes de viande, légumes, herbes, sauces... Les parents les suivent et s'installent avec nous. Leur invitation est si naturelle à partager leur repas que cela nous fait chaud au cœur. Le papa d'An est le papa le plus gentil du monde, tout plein d'attentions pour sa famille et pour ses invités. Sa maman est un peu plus discrète mais tout aussi adorable. C'est si gentil de leur part de nous accueillir aussi simplement au sein de leur foyer, assis par terre, de partager avec eux ce moment convivial. Les rires et fou-rires s'enchaînent, tout le monde en profite.
A la fin du repas, le papa s'absente et revient avec une jarre remplie d'alcool de riz, avec un tube transparent qui sort au dessus. Il remplit ensuite l'espace vide du dessus avec un pichet d'eau afin d'amener l'alcool à niveau. Puis il dépose un morceau de bambou en travers du bord de la jarre, avec au centre une écharde perpendiculaire de 2 cm qui plonge dans le liquide. Le principe est simple : aspirer par le tuyau transparent jusqu'à ce que le niveau est suffisamment diminué pour que l'écharde ne touche plus le liquide. Lorsqu'on a terminé, on remplit de nouveau avec de l'eau et soit c'est au suivant, soit on boit plusieurs fois d'affilée. Cet alcool est encore jeune et n'est donc pas trop fort, heureusement ! Élodie est conviée à commencer, puis c'est au tour de Charlène, de Manu (double dose), et rebelote pour les uns et les autres. Heureusement, nous venons à bout de l'alcool dans la jarre avant que ça devienne critique. An et Maria essaient, mais supportent très peu l'alcool.
La grand-mère de la famille arrive, nous la saluons puis partons visiter le village avec An, son père, un de ses petits frères et sa petite sœur. Nous allons tout d'abord à l'église du village, qui est tout simplement magnifique et dégage une atmosphère très chaleureuse et positive. L'intérieur, en bois, est inspiré des maisons communales et la décoration y est tout simplement parfaite. Une église simple, mais tellement belle.
Le papa de An nous montre ensuite, à côté de l'église, une très grande crèche qu'il a conçue lui-même pour le village, puis une autre au dessus de laquelle il est écrit « Emmanuel » (le nom du Christ). Manu jubile. Les enfants du village viennent nous voir, mais restent tout de même à distance.
Nous poursuivons notre route, passons à côté d'une cage ou ont été capturés trois très beaux iguanes qui sont nourris avec de petits morceaux de viande. Plus loin, un singe est attaché à un arbre avec une corde. Quel dommage...
Nous arrivons au bord du fleuve et enlevons nos chaussures pour y tremper les pieds. Élodie veut nager un peu, elle prend donc son paréo dans son sac. Nous nous laisserons gagner par le jeu et finirons nous aussi trempés, à arroser les enfants ou a les attraper. Élodie essaiera d'apprendre à An et Mang à nager, c'est un bon début. D'autres enfants du village nous rejoignent dans une carriole qu'ils tirent à travers la campagne. Ils viennent se joindre au jeu, et bientôt tout le monde est mouillé.
Le papa d'An, trop gentil, part chercher des branches sèches pour faire un feu pour réchauffer et sécher tout le petit monde. Même si pour nous il fait chaud, il y a quand même du vent et il faut savoir que pour eux c'est l'hiver. Il ne faudrait pas qu'ils tombent malades !
Nous remontons au village avec la famille de An, laissant les autres enfants au bord du fleuve. Manu a apprivoisé Roma, le petite frère de An, qui ne le quitte plus. Quand à sa petite sœur, elle trouve rapidement Élodie et Charlène pour lui donner la main. Nous poursuivons la route jusqu'à la maison de l'oncle de An, de l'autre côté du village. Les enfants sont tous fiers de passer devant leurs copains en nous donnant la main.
L'oncle de An et sa famille possède chez eux un vieux lecteur DVD ainsi qu'un micro et des dvd de karaoké en vietnamien et français. Élodie est déjà venue y chanter, elle nous dit que ça vaut le coup d’œil ! Nous sommes de nouveau très bien accueillis par cette famille, qui nous installe et sort le thé. Le karaoké est lancé, nous apercevons vite que l'oncle est un vrai fan de cette activité.
Les chansons sont des chansons françaises, même si elles peuvent être chantées en version vietnamienne, mais à part Dalida nous ne les connaissons pas. C'est donc très drôle d'essayer d'inventer une mélodie qui s'adapte au rythme. Les enfants vont acheter à l'épicerie des gâteaux apéritifs (encore une très belle attention sachant qu'ils sont très pauvres) et de la pastèque. Ils sortent des bières et un alcool de miel artisanal.
Le papa de An s'éclate comme un gamin, on voit qu'il a vraiment envie de chanter et de rigoler. Lorsque Charlène et Élodie décident de sortir prendre l'air et essayer des tenues banhars, Manu se retrouve tout seul avec lui et l'accompagne à pousser la chansonnette. Les canettes s'enchaînent, tout comme les musiques. Lorsque le micro devient capricieux, quelqu'un va en emprunter un autre dans le village.
Élodie reçoit alors un sms qui nous permet de comprendre le problème de l'ouverture du réservoir d'essence ce matin : elle n'a pas pris le scooter de Coco comme elle le pensait mais celui de la femme de ménage de l'hôtel d'à côté. Ce sont les mêmes modèles. Voilà pourquoi le siège ne s'ouvrait pas !
On continue à discuter avec la famille, puis on les remercie fortement et on repart chez les parents de An. Manu prend Roma sur ses épaules, il devient la star du village. Les parents de An nous proposent de rester pour le dîner, c'est très gentil de leur part mais nous préférons rentrer avant la nuit si nous voulons retrouver notre chemin. Les au revoir sont difficiles, la famille est ravie de nous avoir rencontrés et nous proposent de revenir quand nous le souhaitons. Émus, nous les quittons.
Nous regagnons Kon Tum et déposons Maria chez elle, dans un village au Sud de la ville. Nous revenons ensuite au Family hôtel et nous posons un moment, jusqu'à ce que nous ressortions pour aller manger des nouilles au Than Guitar où l'ambiance est très sympa. Nous commençons à être des habitués là-bas. Nous passons acheter des yaourts à l'épicerie que nous mangeons en rentrant. La journée a été riche et bien remplie, nous nous endormons des souvenirs plein la tête.




















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