Au cœur de la culture Khmer
- 15 déc. 2015
- 14 min de lecture

En pleine nuit, une lumière nous éblouit : nous émergeons rapidement et comprenons que ce n'est que le grand-père qui voulait … vérifier si nous dormons bien ? C'est réussi :) Nous regardons notre montre, il est 3h47. Le ventilateur s'est éteint au cours de la nuit, il fait assez chaud. Un peu plus tard, c'est un feu, quelque part en dessous de nous ou pas très loin, qui nous réveille. La fumée nous empêche de respirer correctement, mais cela se calme au bout de dix minutes. Puis les coqs se mettent à chanter, se battent,... Bref, nous voyons défiler les heures. Il est 6h, nous nous levons. Nous comprenons pourquoi nous nous sommes couchés à 20h : cela nous aura quand même permis de bien dormir les premières heures de la nuit.
Le grand-père est assis en haut de l'escalier, un grand verre de café à la main. Nous voyant nous lever, il nous en propose et partage son verre en quatre. C'est très gentil de sa part. Le café froid est extrêmement doux et sucré, cela passe très bien à cette heure-ci. Il nous fait signe de descendre prendre le petit-déjeuner, nous allons donc nous installer dans l'espace cuisine. Trois assiettes nous attendent : il s'agit d'une sorte de porridge fait à base de riz. C'est gluant, très fade, vraiment différent de ce que nos papilles connaissent. Manu mangera le tout avec de la sauce soja, Karine préférera nature et Charlène aura plus de mal à y manger, avec ou sans sauce.
Une fois le petit-déjeuner pris, nous passons un moment dans la cour avec le grand-père qui nous fait visiter son jardin et nous apprend quelques mots en khmer. Nous devons attendre pour aller aux rizières car c'est encore trop humide à cette heure. A 7h30, nous partons. Nous traversons le village et quelques rizières avant de nous arrêter dans une parcelle qui doit appartenir à la famille. Toutes les terres sont regroupées autour du village, c'est pratique.
Nous avons emmené avec nous l'outil qu'utilisent tous les travailleurs aux champs : il s'agit d'un manche duquel partent d'un côté un long morceau de bois courbé pour ramasser et regrouper les tiges de riz, de l'autre côté une petite lame courbé pour couper les tiges. La maman d'Aline, qui nous accompagne, nous montre comment il faut faire. Ensuite, nous nous essayons chacun notre tour au travail qu'est la récolte du riz. Trop cool ! Il n'y a qu'un outil, c'est dommage, mais cela permet de souffler de temps en temps. Le plus difficile, ce n'est pas de regrouper les tiges et de les couper, non, c'est de voir où on en est sans en laisser derrière nous. En effet il n'y a plus d'eau dans cette parcelle et le riz a versé par terre en désordre. On distingue donc difficilement sans regarder de près ce qui a déjà été coupé et ce qui doit l'être !
Une fois le riz coupé disposé en tas, il faut le nouer en fagot avec une autre tige de riz plus longue. La technique est assez simple, on l'assimile assez vite. Au loin, on voit des enfants faire des aller-retours, des rizières au village, avec un fagot sur la tête. Ici, tout le monde est réquisitionné pendant la récolte ! Les petites filles qui nous ont accompagné préfèrent cueillir des lys, ou jouer avec celui ou celle qui n'est pas occupé, même si elles aussi savent porter les fagots de riz sur leur tête.
Au bout d'une heure et quarante-cinq minutes, notre hôte nous fait comprendre que le soleil tape fort et qu'on doit rentrer à la maison. Est-ce pour prendre soin de nous ? Ou bien en avait-elle assez de nous regarder travailler en étant aux champs sans rien faire ? Dans tous les cas, le message est clair, et nous rentrons. Dans la cour de la maison, le père d'Aline est en train de charger de gros sacs de riz pour en faire un tas.
Nous avons un temps libre, nous décidons d'aller nous promener dans le village. Nous achetons des boissons et des bananes (frites et séchées, une tuerie!) à l'épicier du coin, et nous nous installons à une table chez ce même commerçant. Deux hommes viennent s'asseoir en face de nous, bien habillés, ils parlent anglais. Ils travaillent à Kampong Chaam dans une banque et vivent en ville, mais reviennent souvent dans leur village de naissance.
Une fois de retour à la maison, Charlène et Karine se propose auprès de la sœur d'Aline pour aider à la préparation du repas de midi tandis que Manu propose son aide pour étendre les sacs de riz au soleil pour les faire sécher. La famille d'Aline est surprise que Manu aie autant de force : il vide les énormes sacs d'un seul coup alors qu'eux-mêmes (beaucoup plus âgés) triment pour y arriver en mettant beaucoup plus de temps.
Il est 11h, on nous fait comprendre que c'est l'heure du repas. Une fois de plus, c'est très bon et en quantité. Nos hôtes voudraient nous voir manger toujours plus (ici, une personne qui mange beaucoup de riz sera une personne reconnue dans le village) mais nos estomacs ont toujours raison de nous et nous arrêtent. Le riz est l'inconditionnelle base de tous repas, auquel s'ajoute de la viande (toujours avec une sauce) et des légumes (tomates, salade, pousse de riz, …). Cette fois encore, nous mangeons entre nous, mais nous n'en sommes plus surpris.
Le repas terminé, nous sommes conviés au rez-de-chaussée de la maison (qui ressemblerait à un sous-sol chez nous car les murs en béton n'ont quasiment aucune fenêtre). Un hamac, une paillasse, une télévision, un ventilateur, la salle de repos par excellence ! Le village n'a l'électricité que depuis trois ans (avant c'était des groupes électrogènes), la télévision est donc toute récente et la sœur d'Aline prend plaisir à y regarder des séries.
Alors que Theÿ, une fillette du village qui est venue aux rizières ce matin avec nous, dessine avec Manu sur la paillasse, Charlène échange avec la maman d'Aline qui lui montre les vêtements et accessoires qu'elle conçoit pour les vendre à la boutique d'AMICA. Charlène craque sur un des sacs, elle ira l'acheter tout à l'heure. Theÿ, appelée dehors, part soudain et revient 15 minutes plus tard avec une jolie jupe bleue marine et un chemisier blanc, son uniforme d'écolière. Et oui, il faut bien travailler de temps en temps !
Aline arrive ensuite, elle a terminé ses affaires en ville. Tous les après-midi, elle fait classe dans le village (salle de classe créée par l'ONG) pour ceux qui ne vont pas dans les écoles gouvernementales (qui sont payantes). Elle peut avoir jusqu'à 30 enfants en même temps, de 4 à 10 ans. Autant dire que c'est un véritable challenge !
Nous lui avons demandé d'assister à un cours, car cela nous intéresse. Nous nous rendons donc à l'école ou des enfants sont déjà sur place, à côté de leurs vélos. L'école n'est pas obligatoire, aussi les enfants viennent s'ils le veulent et quand ils veulent. Sans compter les parents qui préfèrent les garder avec eux aux champs, autant dire que le groupe avec qui elle travaille n'est jamais le même ! Comment arriver à construire quelque chose dans ces conditions, et avec autant de différence d'âge ?
Pour nos yeux d'européens, la classe est un vrai bazar, chacun s'occupe à sa manière, certains viennent un moment puis partent faire du vélo, d'autres arrivent une glace à la main, certains n'ont plus le cahier qu'Aline leur avait donné, certains se courent après dans la classe... Heureusement, quelques élèves studieux prennent remarquablement des notes de tout ce qui est écrit au tableau. Un garçon à côté de Manu, très rigoureux, doit s'ennuyer un peu d'habitude car il a le temps de prendre parfaitement la leçon et de montrer à Manu ce qu'il a vu en début d'année. C'est dommage qu'il ne puisse aller à l'école gouvernementale (non pas qu'elle soit mieux mais le niveau unique et l'effectif stable doit quand même les aider à avancer plus vite).
En observant tout cela, on se rend compte qu'on ne pourrait faire mieux et qu'Aline fait un véritable travail : elle ne prend pas en compte que le groupe, mais elle fait aussi de l'individuel, même si pour cela elle doit accepter que des élèves vont en profiter. Elle se sert de plus grands pour tirer vers le haut les plus petits. On remarque une fois de plus la traditionnelle méthode d'apprentissage asiatique : le par cœur ! Les élèves répètent, d'une même voix, les leçons jusqu'à ce qu'elles soient assimilées. En même temps, ils ont un apprentissage oral donc c'est la méthode la plus appropriée pour eux. Mais plus tard, il leur est difficile d'apprendre à réfléchir par eux-mêmes !
Une fois la leçon presque terminée, Aline demande à Karine de leur relire pour qu'ils entendent d'autres accents. Notre institutrice improvisée joue son rôle à merveille ! Puis Aline ramasse leurs cahiers pour vérifier si la leçon a bien été prise et leur donne individuellement les devoirs. Tous sont regroupés autour d'elle et paraissent impatients de récupérer leur cahier, l'un d'eux s'installe même pour commencer ses devoirs dans la foulée ! Nous discutons avec certains d'entre eux, leur demandons leurs prénoms. Beaucoup de prénoms khmer, mais au milieu on entend aussi Lisa ou d'autres prénoms occidentaux. On apprendra plus tard que ces prénoms viennent de séries télévisées regardées par les parents !
Nous partons ensuite en direction d'une maison du village sur pilotis sous laquelle sont installés deux métiers à tisser. C'est là que sont confectionnés les kramas (foulards cambodgiens aux multiples usages) qui seront ensuite vendus à la boutique. C'est toujours la même dame âgée que nous voyons à l’œuvre. Elle est extrêmement sympathique, et essaie toujours de communiquer avec nous de sa voix rauque malgré la barrière de la langue. Aline nous confit à elle, elle doit retourner à l'école. Alors, chacun notre tour, nous pouvons nous essayer au tissage du krama, sous le regard attentif de notre hôte. Il faut pour cela coordonner ses pieds, sa tête et ses mains. Nous prenons beaucoup de plaisir à cet exercice, d'autant plus que nous avons la plus agréable maître de stage que nous aurions pu trouver. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et nous prenons la direction de l'atelier suivant.
Sur la route, nous prenons un café au lait. Ici, le café se boit toujours froid (premièrement, il fait très chaud donc ça rafraîchit, deuxièmement, cela évite l'éternel débat du café réchauffé). La vendeuse soulève donc sa glacière remplie de blocs de glace et en sort une bouteille en plastique remplie de café. Elle prend un verre dans lequel elle verse du lait concentré sucré (directement sorti de la boite de conserve). Ici, on en trouve de partout et dans tout : les Cambodgiens mangent énormément sucré ! Le plus surprenant, ce sont les quantité : un demi-verre de lait concentré sucré (sweet milk), avec un demi-verre de café. Des glaçons pour compléter, et c'est prêt ! On comprend mieux pourquoi ce matin on l'a trouvé si doux et sucré...
Nous retrouvons Aline à l'école, et lui demandons pour aller à la boutique (Charlène et Karine sont intéressées). Elle demande à une habitante du village de nous l'ouvrir. Nous avons déjà fait quelques achats (bracelets, livre, krama) il y a quelques jours lors de notre visite du village, mais la maman d'Aline a confectionné un sac magnifique qui a beaucoup plu à Charlène. Finalement, ce sera aussi l'occasion d'avoir une robe, un bandeau pour les cheveux, et un nouveau carnet de voyage ! C'est tellement super de pouvoir porter des vêtements quand on sait qui les a confectionnés, et qui plus est dans ce cas quand c'est notre hôte elle-même ! En plus, les prix sont raisonnables et si cela peut les aider...
Nous repassons à la maison, et récupérons des cannes à pêche (faites avec un morceau de bambou, une ficelle et un hameçon). La sœur d'Aline nous accompagne, nous nous rendons à deux petits étangs situés à quelques centaines de mètres du village, à l'orée des bois et au bord des rizières. Pour cela, nous empruntons un petit sentier dans la forêt. Arrivés sur place, des pêcheurs sont déjà sur place, certains sont même très jeunes ! En guise d’appât, nous avons un énorme escargot que nous découpons en petits morceaux. Le décor est juste à couper le souffle, nous sommes à l'abri des arbres mais la forêt s'arrête devant nous : viennent alors des rizières à perte de vue et les villageois qui y travaillent. C'est très calme, nous profitons de l'instant.
Est-ce que les poissons n'aiment pas l’escargot ? En tout cas Charlène sera la seule à attraper un poisson, mais tellement petit qu'il ne nourrira pas grand monde. Et là, alors qu'elle le donne à la sœur d'Aline, celle-ci l'embroche encore vivant sur une herbe dure, en passant de la bouche à la branchie. Le malheureux, même embroché, continue encore à bouger sa queue. Charlène est choquée.
Aline arrive alors et nous propose soit de continuer à pêcher, soit de préparer le repas du soir. Manu a envie de pêcher, les filles de cuisiner. Chacun y trouve donc son compte !
Lorsque les filles arrivent en cuisine, chacune a une tâche bien définie. Charlène doit nettoyer la viande de porc. En effet, la viande restée la journée pendue dans un sac plastique a été attaqué par les fourmis rouges, il faut donc les enlever. Cela nécessitera trois rinçages tellement qu'il y en a. C'est là qu'on voit qu'on a pas vraiment les mêmes problématiques chez nous.
Ce soir, au menu, c'est poulet et porc Lok lak. Il s'agit d'une spécialité du pays dont la particularité est la sauce dans laquelle on trempe la viande : un mélange de poivre, de citron vert et de quelques autres éléments. On s'occupe également de la présentation des plats en disposant des feuilles de salade et des tomates (vertes ici) coupées en rondelles. La viande est disposée par-dessus une fois cuite.
Pendant ce temps, Manu a continué un peu à pêcher puis est rentré et a observé les hommes de la famille replier les bâches où sont étendus les grains de riz pour les protéger. C'est alors qu'Antoine, volontaire qui travaille dans cette ONG depuis un an, nous rejoint. Il souhaite faire un petit film de présentation du « homestay » , il doit donc réaliser quelques vidéos.
Le repas est prêt, Antoine reste manger avec nous. Il connaît très bien les villageois et parle maintenant couramment khmer. Et surtout, il a étudié les us et coutumes de ces habitants depuis un moment et peut répondre à grand nombre de nos interrogations. Nous profitons donc de sa visite pour comprendre au mieux le fonctionnement du village.
Encore une fois, nous mangeons beaucoup (mais que dire, c'est tellement délicieux!). Puis nous nous installons dehors pour discuter. Theÿ, la petite fille avec qui nous avons passé beaucoup de temps aujourd'hui, est encore là (même si elle n'habite pas ici). Nous décidons de lui offrir un porte-clé, elle choisit le papillon !
Alors que la nuit est tombée depuis un petit moment déjà, les hommes de la familles s'activent. Antoine nous explique : le frère d'Aline va partir pêcher de nuit, il nous propose de l'accompagner. Nous ne savons pas exactement où il va, mais la proposition est tentante. Pourtant, Aline et sa famille nous met en garde contre les fantômes (ils y croient énormément ici) et contre les serpents (ok là on y croit aussi !). Nous insistons tout de même pour y aller, prenons une lampe torche et partons.
Nous pensions aller pêcher à l'étang de tout à l'heure, mais en réalité nous n'avions pas toutes les informations en main : lorsque le niveau d'eau des rizières baisse (début de la saison sèche), il faut « vidanger » les parcelles en évacuant l'eau (en la faisant passer d'une parcelle à l'autre). Il y a alors environ 5 jours où le niveau est idéalement bas pour récupérer les poissons qui ne peuvent plus se cacher.
Nous partons donc en plein milieu des rizières, en marchant sur les petits terre-pleins qui séparent les rizières. Ils sont glissants, l'humidité est à son maximum, mais nous continuons d'avancer. Plusieurs fois, le passage est coupé, nous devons faire demi-tour pour trouver une autre voie. A un moment, Charlène s'arrête net : un serpent vient de s'engouffrer dans les herbes sur le côté, et nous sommes en sandales ou tongs. Il est marron clair et marron foncé, avec des rayures larges de 3 cm. Nous attendons qu'il se soit éloigné. Nous finissons par comprendre que nous tentons de rejoindre un groupe un peu plus loin déjà à l’œuvre ; nous voyons leurs lampes torches au loin. Nous finissons par arriver vers eux, après avoir marché en équilibre sur un muret pour traverser un mini-canal.
Ils sont en effet en plein travail. Ils ont creusé en quelques jours une tranchée qui traverse la parcelle, pour que tous les poissons s'y engouffrent, le niveau de l'eau étant très bas. Maintenant, ils quadrillent la parcelle et les attrapent un à un pour les mettre dans la nasse que le frère d'Aline a fini de confectionner aujourd'hui. Charlène et Antoine longent un peu la rizière et tombe sur un serpent de50cm tué par les hommes. Ils ne craignent vraiment rien...
Ils expliquent avoir vu pas mal de serpent dans la rizière, mais apparemment ils seraient inoffensifs (nous savons qu'il y a par contre des cobras et autres serpents dangereux qui vivent dans les environs). Antoine ajoute que le pire, dans ces eaux, ce sont les énormes sangsues (jusqu'à 5 cm) qui leur couvrent les jambes quand ils rentrent. Charlène était bien tentée de descendre les aider, mais d'un coup ça lui en a coupé l'envie !
Nous continuons de les observer, en train de s'enfoncer jusqu'aux genoux, de patauger pour attraper des poissons, de la boue jusqu'au menton. Puis Charlène décide quand même de tenter l'expérience : au moins la douche sera vraiment utile ! Pieds nus, elle se laisse glisser dans la rizière, en tentant de conserver son équilibre. Pour l'instant elle ne s'enfonce pas plus qu'au genoux, ça va. Soudain, alors qu'elle s'avance vers les pêcheurs, ils crient des mots en khmers en faisant de grands signes. Antoine, mort de rire, nous traduira : « Trop lourde ! Trop lourde ! Elle va s'enfoncer ! ». Il est vrai que le gabarit khmer et le gabarit européen sont très différents, mais quand même ! Tant pis, Charlène restera un peu à l'écart.
Tous le monde ressort de la boue, complètement noir, nous récupérons la nasse pleine de poissons et nous rentrons. Le chemin du retour se fait plus facilement, si ce n'est qu'il faut retraverser le muret en équilibre. Nous arrivons à la maison, les femmes étaient inquiètes pour nous mais tout s'est bien passé. Commence alors le partage des poissons : ici, ce sont les hommes qui pêchent et les femmes qui partagent. Tout le monde est debout autour et observe, c'est la maman d'Aline qui se chargera de la distribution. Charlène a l'impression d'être à Halloween, quand on se partage la récolte : les carambars, puis les sucettes,... Sauf qu'ici ce sont les gros poissons, puis les moyens espèce par espèce,... tout est fait de façon très équitable ! Mais surprise, les poissons ne sont pas les seuls de la partie : en effet les hommes ont aussi ramené un grand nombre de petits crabes, de gros escargots, et... un serpent !
Chacun repart avec un gros pactole, qui sera consommé dans la foulée : c'est jour de fête ! Parfois, certains seront vendus mais pas cette fois. Conservés dans du sel, ils seront mangés dans les quatre prochains jours. Le partage prend du temps, et quelques poissons ne peuvent être partagés sans être coupés en plusieurs morceaux. Ils décident donc de les préparer dans la foulée pour fêter ça.
Une couverture est installée par terre au milieu de la cour, et les hommes boivent un alcool de palme pendant que les femmes s'activent au fourneau. Nous sommes conviés à goûter leur alcool : c'est très particulier ! Heureusement qu'Antoine est là, il aide à faire le lien, à traduire les échanges, et à nous expliquer les différentes pratiques. Des bâches publicitaires sont ajoutées pour agrandir l'espace, et nous nous asseyons tous ensemble. Charlène changera de place pour qu'Aline nous rejoigne car il serait mal vu qu'elle s’assoit entre deux hommes occidentaux (les règles que les jeunes femmes doivent respecter sont encore trop nombreuses ici : ne pas sortir la nuit tombée, ne pas parler directement à un homme en face,...).
Antoine part quelques minutes à l'épicerie et revient avec une douzaine de canettes de bière. Les femmes apportent le serpent cuit, qui a un peu un goût de terre, et le poisson très tendre avec une sauce juste excellente. Nous discutons un peu, mais les hommes khmers sont très timides et peu habitués à parler avec des occidentaux (mis à part Antoine bien sûr !). Karine sort alors son enceinte bluetooth et nous alternons musiques khmers et musiques occidentales. Alors qu'Antoine avait déjà tenté l'expérience sans réussite, cette fois ils ont l'air d'apprécier la musique découverte !
La soirée continue, Antoine retourne chercher des bières (un pack de 24 cette fois-ci). Il devra même réveille l'épicier du village en frappant à sa porte. Les parents d'Aline cueillent des mangues vertes dans leur jardin et en font une salade, cela par deux fois tellement ils sont attentionnés. Ils se sont assis un peu à l'écart, comme pour nous laisser entre jeunes, mais en profitent tout autant. Les « Chol Moy » (santé !) résonnent car ici chaque fois qu'on lève son verre pour boire on trinque. Les pêcheurs osent de plus en plus regarder Karine et Charlène dans les yeux.
La soirée est juste « en dehors du temps » : Antoine nous explique que cette famille reçoit rarement, et c'est la première fois dans l'histoire que des blancs sont assis par terre, dans leur cour, en train de passer la soirée chez eux, avec cette musique occidentale et l'ambiance de plus en plus détendue et enjouée au fil des bières. Le père, pour immortaliser la scène, tournera avec son portable pour filmer la soirée. D'ailleurs, alors que d'habitude les parents se couchent tôt, ils ne nous quitteront ce soir qu'à 23h30.
Nous n'en revenons pas tellement le moment est magique, juste nous profitons en espérant qu'il durera le plus longtemps possible. Nous arrêtons la musique pour les enfants couchés, mais continuons à discuter. Quand nous-mêmes allons nous coucher, il est 1h. Nous avons vécu un moment exceptionnel et inoubliable, nous en sommes conscients. Un immense merci à Antoine sans qui rien de cela n'aurait été possible.




















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