Today Vietnam is money
- 28 oct. 2015
- 7 min de lecture
Nous plions nos affaires, fermons nos sacs et sortons dans la fournaise. Les températures ressemblent à ce qu'on peut avoir chez nous en période de canicule, l'air chaud nous étouffe quand on sort dehors et le soleil tape très fort. Nous avons décidé de rejoindre Kon Tum (où l'ONG est en place) qui est à 300 km de Da Nang en plusieurs étapes.
On veut faire du stop, il faudrait parcourir environ 75 km par jour pour arriver dans les temps.
Notre première direction est Daï Loc, c'est une ville à 30 km de là située sur la route principale qui va à Kon Tum. Pour y aller, nous n'avons qu'à suivre une route unique qui part à 500 mètres de notre hôtel. Plutôt simple.
Nous sortons, il est 9h40, nous décidons même s'il est tôt de prendre notre repas du midi : assiette de riz accompagnée de quelques légumes et viandes. On ne sait pas ce qu'on trouvera plus tard.
Il fait très chaud, nous sommes vite en sueur avec nos chargements, mais nous sommes motivés plus que jamais et nous marchons le long de la route. Il y a quelques montées, mais le dénivelé est léger, nous avançons bien.
Beaucoup de véhicules empruntent cette route, mais malheureusement pour nous les trois quarts sont des deux-roues, comme ce qu'on peut voir un peu partout dans le pays. Avec nos deux gros sacs, impossible de monter cette fois-ci à trois sur un scooter.
Les autres véhicules sont principalement des camions, les voitures sont plutôt rares. Et enfin, une partie de ces dernières sont les taxis, très nombreux car beaucoup utilisés ici. Nous misons tout sur les camions ou les voitures.
Nous alternons les périodes de marche et les demandes de stop. Beaucoup de camions nous klaxonnent, saluent et rigolent, mais personne ne s'arrête. Deux scooters s'arrêteront, mais nous auront du mal à leur faire comprendre que l'on ne peut tenir à trois avec nos gros sacs.
Nous continuons de marcher. Il y a des petites boutiques le long de la route (parasols avec boissons fraîches, réparateurs de roues...). Ils nous proposent de nous emmener à destination. La même chose se passera avec un camionneur. Mais dès qu'on leur dit « no money », la conversation est automatiquement coupée, ils perdent leur sourire, et nous font comprendre qu'ils ne peuvent rien pour nous. Ils se désintéressent alors de nous aussi rapidement qu'ils sont venus nous aborder. On comprend rapidement qu'ici, l'argent c'est le nerf de la guerre.
Alors que nous avons parcouru plus de 10 km et qu'il nous en reste environ 8 avant d'arriver au prochain village, Ai Nghia, un jeune en scooter s'arrête vers nous. Il nous explique que les bus jaunes qui passent régulièrement y vont et que ça coûte environ 12 000 dongs par personne. On est loin des 75 km parcourus dans la journée, on décide donc de stopper un de ces bus pour avancer un peu et peut-être débloquer la situation.
L'un deux arrive, nous l'arrêtons et demandons le prix. Impossible de le savoir, nous montons quand même. Il n'y a que 8 km, ça ne peut pas coûter bien cher ! Alors que nous sommes sur le point d'arriver, une passagère qui parle anglais nous dit que c'est 15 000 dongs. L'assistant du chauffeur la contredit et lui demande de nous traduire 100 000 dongs par personne. On avait oublié qu'on était blancs et touristes (sur des blogs, il est écrit qu'on peut payer deux à dix fois le prix local). On essaie de la prendre à parti en expliquant que c'est n'importe quoi, elle a l'air de nous comprendre mais impuissante elle baisse les yeux. Elle doit descendre à cet arrêt et nous dit de la suivre pour nous aider à trouver notre prochain bus, malheureusement nos négociations avec l'assistant du chauffeur nous feront rester jusqu'au terminus. Nous descendons.
Il nous demande maintenant 50 000 par personne. Beaucoup trop cher pour seulement 8 km ! Nous lui montrons les prix indiqués sur la portière du bus, il rajoute à cela des sommes astronomiques soi-disant pour nos sacs. Ils sont quatre en face de nous et rigolent bien de notre situation. Aucun ne parle anglais, ça les arrange bien. On est dans une impasse : nous refusons de lui donner 50 000, il demande alors 30 000 dernier prix. C'est encore trop et tellement injuste !
Le chauffeur se lève alors et perd patience, il doit partir et la situation ne le fait plus rire. Il nous montre un billet de 50 000 et sa montre. Nous ne sommes pas en position de force, nous payons. Nous avons au moins la faible satisfaction d'avoir bien diminué le prix de base.
Nous décidons de rejoindre directement Kon Tum (notre destination finale à 280 km d'ici maintenant) car cette région ne nous plaît pas du tout. Le stop ne peut pas marcher étant donné leur état d'esprit, alors quitte à se faire arnaquer encore, autant que ce ne soit plus que pour un trajet !
Nous marchons à la recherche d'un arrêt de bus. Nous en trouvons un, et à force de demander des renseignements nous apprenons que les bus pour Kon Tum partent de Daï Hiep, à 6 km de là.
Les taxis motos s'enchaînent pour nous y emmener, ils nous proposent leurs services pour 200 000 dongs ! C'est le prix que nous avons payer pour 5h30 en bus couchettes ! Un taxi nous coûterait 60 000 pour deux pour ce trajet ! Nous refusons et partons à pieds, ils nous rejoignent et rigolent en revenant à la charge avec 50 000 chacun cette fois-ci.
Nous demandons notre route à une jeune fille (cela fait du bien d'avoir une conversation normale, sans argent au milieu), et nous marchons. Les 6 km s'agrandissent au fur et à mesure, nous prenons un jus de fruits frais sur la route (sorte de branche ou de canne écrasée d'où est récupéré un liquide vert). Nous arrivons enfin à Daï Hiep, les personnes en possession d'une moto ou d'un scooter nous proposant toujours leurs services.
Arrivés sur la fameuse route, nous partons à la recherche d'une gare routière ou d'un arrêt de bus. Un jeune homme en scooter arrive et nous explique qu'il n'y a pas d'arrêt, mais que c'est bien la route qui relie Da Nang à Kon Tum. Nous lui demandons le prix du trajet (pour avoir une idée du prix local), il nous répond 300 000 dongs. On verra à combien s'élève notre prix !
Nous nous posons au bord de la route et espérons qu'il y aura encore un bus aujourd'hui. Il est 17h, il fera nuit d'ici 30 minutes. Et vu le petit village où on est, on risque d'avoir du mal à trouver où dormir.
La journée a été épuisante, autant moralement que physiquement. Nous avons eu l'impression aujourd'hui de n'être plus des personnes mais de l'argent sur pattes, comme la poule aux œufs d'or. Tous ces sourires affichés n'étaient que destinés à nous faire consommer dans les boutiques tout au long du chemin, et les seuls à nous avoir donné des indications de chemin sans demander quoi que ce soit en retour ont été les anciens ou les jeunes. La classe active, quand à elle, n'a été que mal représentée aujourd'hui. Les taxis motos ont été les plus terribles, de véritables vautours tournant autour de leurs proies pour les déplumer.
Excédés par cet esprit malsain « tourist = money », nous décidons de jouer à leur propre jeu lorsqu'un bus couchettes arrive. Ces bus parcourent de très grandes distances et prennent beaucoup de monde tout au long de la route, aussi ne peuvent-ils pas se permettre de perdre du temps. Il faudrait presque sauter en marche. Le chauffeur est donc très pressé et nous met la pression pour monter rapidement. Vite, vite, vite ! Son assistant prend nos sacs pour les mettre dans la soute.
Nous avons heureusement préparé un crayon et un papier. Nous refusons de monter sans avoir un prix. Le chauffeur, qui veut vite partir, lève vaguement quatre doigts de sa main. Charlène griffonne rapidement 400 000 (on les connaît trop bien maintenant) et les montre à l'assistant jusqu'à ce qu'il reconnaisse que c'est bien ce qu'il a indiqué. Il acquiesce sous la pression du chauffeur qui veut vite partir, nous montons dans le bus et retirons nos chaussures.
Nous lui tendons alors 800 000, il les prend, les recompte et nous demande plus. Nous ressortons le papier et lui montrons. Visiblement, il ne s'attendait pas à cela. Mécontent, il accepte cependant à contre-cœur. Soulagés, nous sommes contents de nous car nous en sommes plutôt bien sortis cette-fois-ci.
Le bus est bondé, plus de couchettes disponibles, des personnes sont déjà allongées par terre dans l'allée centrale sur les tapis. Nous les rejoignons. Pas de couverture ni de coussin (chauffeur un peu frustré par la négociation), mais une jeune fille nous donnera son oreiller (elle est en couchette bien confortable) et Charlène fera compatir un groupe d'hommes fumant un truc bizarre à l'arrière du bus qui nous donnera une couverture. La climatisation est toujours au maximum dans ces transports.
L'allée est étroite (Manu tient tout juste au niveau des épaules), et on a connu plus confortable, mais on quitte cette région et c'est ce qui compte. On ne sait pas combien d'heures de bus il y a, ni si on trouvera un hôtel au milieu de la nuit, mais on verra cela en temps voulu.
Au bout de 3h30, les lumières du bus s'allument, on s'arrête. Pause toilettes. On est au bord de la route, on est pressés. C'est simple : les hommes passent devant le bus, les femmes derrières, et il y a une rigole le long du fossé. On met sa pudeur de côté, et on s'exécute au milieu des autres.
Aussitôt reparti, le trajet continue dans les montagnes. On vient nous réveiller et on nous demande de nous préparer. On escalade les sièges pour passer par dessus les autres allongés dans l'allée et revenir à l'avant du bus. On nous pause à Kon Tum, il est 22h50.
Notre dernier hôtel fermait ses portes à 23h, aussi nous marchons rapidement pour trouver une chambre. Nous en voyons un, la personne à l'accueil nous donne des clés. Nous remplissons le papier de formalités et nous pouvons nous poser. Heureusement qu'on avait mangé ce matin ! La journée a vraiment été intense, nous avons un goût amer et sommes déçus par ce que nous avons vu des Vietnamiens aujourd'hui, mais nous ne voulons pas généraliser. Ce sera sûrement différent par la suite !




















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