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Le trajet de l'extrême

  • 26 sept. 2015
  • 7 min de lecture

Nous nous levons tôt, et partons en direction de la gare. Nous prenons une brioche en passant, elle fera notre petit déjeuner. Il fait gris, mais l'air est vivifiant, les gens sont souriants, une belle journée commence. Nous montons dans le bus à 10h, direction Panzhihua.

A côté de nous, deux parents avec leurs jumeaux (un garçon, une fille) d'environ 6 mois dans les bras, trop mignons ! Le trajet durera 3h, mais on ne les entendra pas. On a peur pour eux, qui ne sont pas attachés et tellement fragiles. Heureusement, on ne fait quasiment que de l'autoroute, et le chauffeur conduit relativement bien.

Leur grand-mère, juste devant nous, ouvre grand sa fenêtre (fenêtre entièrement coulissante à l'avant) dès notre entrée sur l'autoroute. L'air vivifiant se transforme à cette vitesse en air glacial, nous sommes en short et tee-shirt, le rideau nous vole dans la figure. Charlène est en première ligne contre la fenêtre, en plein courant d'air. Il faut que ça s'arrête ! Discrètement, elle repousse peu à peu la fenêtre. Mais la grand-mère la rouvre de plus belle. Tant pis ! Heureusement, d'elle-même, elle finit par la refermer. L'autoroute passe toujours entre les montagnes, suit plus ou moins le fleuve. Le trajet est tranquille et sympa. Avant d'arriver, nous comprendrons pourquoi cette dame avait besoin d'ouvrir la fenêtre : elle ne supporte pas le bus et vomira trois fois. Nous terminerons le trajet la fenêtre ouverte.

Nous quittons l'autoroute 30 min avant d'arriver et découvrons Panzhihua, kilomètre après kilomètre. Nous n'échangeons pas un commentaire tellement nous sommes surpris de ce que nous voyons : la ville (peut-on appeler cela ville) suit le fleuve et est constituée de barres d'immeubles délabrés coincés entre la falaise et le fleuve marron et boueux. Quand ce ne sont pas des immeubles, ce sont des usines ou extracteurs (de quoi ?) qui sillonnent la falaise. La ville s'étend sur une longueur interminable, mais l'atmosphère austère qui en ressort nous rend mal à l'aise. Arrivés à la gare routière, qui n'est que semblable au reste, nous décidons sans même en avoir discuté de reprendre un bus pour avancer plus loin. Nous ne voulons pas rester ici !

Sur la carte, nous décidons d'aller à Lijiang, un peu au Nord Ouest de Panzhihua, dans le Yunnan. Elle est notée d'après la légende comme localité intéressante et dans la direction qui nous intéresse.

Nous prenons nos tickets dès notre arrivée à 13h20, le bus part à 13h30. Eh oui, on est comme ça !

Le trajet à vol d'oiseau semble être équivalent à celui qu'on vient de faire, mais pas d'autoroute pour traverser les montagnes cette-fois ci. On parie donc sur 4h de trajet, ce qui nous laissera le temps de trouver où dormir en arrivant.

En réalité, il ne partira qu'à 14h : le chauffeur ne semble pas pressé, mène sa vie, fait un faux départ et se gare de nouveau. Nous ouvrons une soute pour mettre nos sacs, elle est pleine, le chauffeur nous dit de les prendre sur un siège à côté de nous au fond du bus. En effet, il ne sera qu'à moitié plein. Nous prenons donc possession des cinq sièges du fond.

Lorsque nous décollons enfin, nous faisons 200m et nous arrêtons. Trois hommes montent, sans tickets. Ça sent le trafic à plein nez. L'homme qui les a déposés est justement celui qui nous a accosté à la sortie du premier bus pour nous emmener à Lijiang. Ce n'est pas la première fois que nous voyons des chauffeurs arrondir leurs fins de mois !

Nous reprenons la route et 2km après, nouvel arrêt. Cette fois-ci, un homme donne 100 yuans au chauffeur qui charge la deuxième soute du bus de containers isothermes. On peut faire passer des colis par les bus, mais ils sont scannés à la gare. Pas ceux-là apparemment.

Et là, le trajet commence vraiment. Notre carte est à grande échelle (1cm pour 40km), alors nous ne pouvions imaginer que la route que nous prendrions serait uniquement une route sinueuse et étroite à flanc de montagne. Le chauffeur est un fou furieux, il accélère comme un malade et double tout ce qui est devant son chemin, camion, voiture, bus,... Avec, ou sans visibilité, en ligne droite, virage, sortie de rond point,... Chaque virage est une partie de Poker. Y aura-t-il quelqu'un en face ? Souvent, quelqu'un arrive en face, il accélère alors d'autant plus, klaxonne comme à chaque fois qu'il double, l'autre d'en face freine, nous faisons une queue de poisson à celui qu'on vient de doubler et … ça passe. D'un côté, un fossé et la falaise, de l'autre, un gouffre, les routes sont vraiment étroites et ne permettent pas toujours de doubler. Pourtant il le fait, même si on ne passerait pas une main entre les rétroviseurs des deux véhicules ou entre le pneu et le bord de la route. Accélération, frein, c'est une conduite extrêmement sportive où nous sommes ballottés (surtout au fond du bus) comme des poupées de chiffon. Nos ceintures ventrales bien attachées, nous nous tenons aux sièges comme nous pouvons et inconsciemment retenons notre respiration à presque chaque virage où on double. Nous pensons que notre chauffeur est un grand malade, en réalité c'est un vrai pilote et peu serait capable d'en faire autant.

Au bout de deux heures, nous faisons une première pause. Il n'y a même plus de box cette fois-ci dans les toilettes turques, un côté homme, un côté femme et juste une rigole et deux petits murets. Ce n'est pas douche commune mais toilettes communes. Pendant la pause, le chauffeur prend un énorme tuyau d'eau en main. Pour quoi faire ? Tout simplement pour arroser le moteur à travers les grilles d'aération pour le faire refroidir. C'est un moyen comme un autre !

Nous repartons et nous arrêtons quelques kilomètres plus tard. Contrôle de police. Ils scannent les cartes d'identité des chinois présents dans le bus (tout est très surveillé en Chine!). Lorsqu'ils arrivent à nous, ils prennent nos passeports, les regardent, nous les rendent, les reprennent, les regardent à nouveau, nous les rendent... En réalité, ils ne savent pas quoi en faire ! Ils finissent par nous les rendre définitivement sans avoir rien noté sur leur registre.

Manu rigole et dit qu'on est peut-être qu'à la frontière entre la province du Sichuan et celle du Yunnan. Ce n'est pas possible, Panzhihua est près de la frontière et nous avons déjà roulé deux heures ! En fait, rien n'est impossible...

Nous quittons la route et prenons une route en construction, qui ressemble en réalité plus à un chemin de terre où il faut slalomer entre les tas de rochers de chaque côté. Nous sommes dans un nuage de poussière, et secoués plus que jamais.

Nous continuons l'inlassable course à la première place où doubler est devenu un défi de chaque instant. Le paysage est magnifique, nous observons les rizières, les champs de maïs, les vergers de fruits inconnus, les montagnes qui sont toutes plus belles les unes que les autres. Il n'est pas simple de prendre des photos dans une telle agitation mais nous aurons tout de même quelques beaux clichés. Nous pouvons même observer des paysans travailler dans les rizières avec leurs buffles.

Soudain, la route se bloque, bouchons dans les deux sens. Au bout d'un long moment d'attente, on découvrira qu'un éboulement d'énormes rochers est à l'origine de cela. Il n'y a donc plus qu'une voie de praticable, et la route est très fréquentée. Des dizaines de camions bennes contenant des petits gravas ou canalisation suivent notre itinéraire, nous les dépassons inlassablement. Il doit y avoir un énorme chantier pas très loin d'ici.

Cela fait maintenant 4h30 que nous roulons, nous pensons bientôt arriver. Quelle taille peut avoir Lijiang ? Gros village, petite ville, grande ville ? Aucune idée. Nouvelle pause, il est 19h. Ouh là, ça ne sent pas bon cette histoire. Charlène demande à un passager combien de temps il reste, il nous répond deux heures ! A-t-il raison ? En réalité, il se trompe un peu, il nous reste 2h40 avant d'arriver. La nuit commence à tomber, à force de monter et descendre des cols nous ne savons combien de collines et montagnes nous avons traversé, mais nous avons pris de l'altitude, c'est certain. Au détour d'un virage, nous apercevons en contrebas un immense plateau entre les montagnes, où des maisons se sont construites en petits groupes. Ce qui est étrange, c'est qu'il n'y a aucune lumière ni lampadaire, la ville est plongée dans la nuit naissante.

Nous poursuivons notre inlassable montée. Nous avons de la chance, c'est la pleine lune cette nuit, elle nous permet de discerner les reliefs. Des montagnes gigantesques nous font face. Nous montons, montons, montons. Nous avons l'impression d'aller à une station de ski. Quand nous pensons être au sommet, une nouvelle montagne apparaît et nous montons de plus belle. Nous sommes dans ce bus, quelque part sur une route de montagne, il fait nuit, nous doublons voitures et camions. C'est enivrant et inoubliable. Nous cherchons des yeux des lumières qui pourraient indiquer Lijiang, mais rien.

Enfin, au bout de 7h de trajet, nous l'apercevons. Sur un haut plateau, les lumières la dessinent. Une immense ville s'étend sous nos yeux. Elle est magnifique. Comment ont-ils pu construire tout cela à 2 500m d'altitude ? Nous arrivons en ville, roulons un moment avant d'arriver à la gare routière. Il est 21h40, nous avons donc roulé 7h40 et si nous comptons le premier bus, nous sommes sur les routes depuis 11 heures et 30 minutes.

Il y a des hôtels non loin de là. Nous demandons au premier que nous voyons. 12O yuans la nuit ! Alors que nous leur disons merci au revoir, ils nous annoncent 70 yuans. Banco !

Les restaurants sont presque tous fermés, nous trouvons quand même un endroit où manger. Assiette choisie au hasard sur la carte, bon choix : riz, cuisse de canard (on n'a pas mangé beaucoup de viande depuis notre arrivée), œuf, légumes. Nous avons faim et c'est parfait.

Nous allons nous coucher, heureux de la journée que nous avons vécu.

 
 
 

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